Que les chercheurs localisent en certaines parties du
cerveau les facultés de la pensée n’empêchait pas le Rapporteur de rapporter
que selon ce qu’il savait des hommes, pour les avoir souvent vus penser comme
agir, il situerait plutôt leur pensée entre le désir et sa réalisation, et
qu’une fois réalisé ou satisfait leur désir leur pensée mourait pour donner
naissance à une autre pensée motivée par un autre désir ; et qu’ils ne
cessaient pas de penser autant qu’ils ne cessaient pas de désirer. Le sexe
était par conséquent un grand agitateur de pensée chez les hommes qui sûrement
se trompaient à ne pas vouloir chercher là mais en des endroits qu’ils
jugeaient plus nobles et plus respectables l’origine de leurs pensées. C’est
que par elles ils estimaient se distinguer de l’animal et que par conséquent ce
n’était pas en leurs parties animales qu’ils les chercheraient. De même
l’estomac continuait à motiver beaucoup de leurs pensées car jamais ils n’étaient
rassasiés de boire et de manger. Mais ce n’était pas plus dans l’estomac que
dans le sexe, ces organes qu’ils estimaient être viles, que les hommes allaient
porter leurs recherches et chercher à localiser cette noble fonction de penser
qui ne pouvait que se situer dans la tête supposer dominer le tout. En vérité
il leur était déjà difficile de croire que la matière pu penser, car la matière
pour eux aussi était vile, c’est que les hommes se voulaient esprit, pour ne
pas dire esprit saint. Et c’était une insulte pour un homme que de s’entendre
dire qu’il pensait avec sa queue, quand le Rapporteur trouvait cela très juste
pour l’avoir souvent constater, et aurait seulement ajouter qu’il
arrivait aussi aux hommes de penser avec leur ventre ou estomac. D’ailleurs, déclara le Rapporteur, ce qui pensaient autrement ou à d’autres choses qu'à boire ou manger ou forniquer passaient
pour des esprits éthérés seuls capables de sentiments aussi éthérés et donc d’un
amour platonique qui faisait la risée de tous. Mais, dans tous les cas, reprit
le Rapporteur, on ne pourra jamais localiser autant la pensée de l’homme qu’entre
le désir et sa réalisation. Il ne pouvait cesser de penser à une chose tant
qu’il ne l’avait pas fait sienne, ne serait-ce que par la pensée, c’est que la
pensée que l’homme voudrait si noble n’est aussi qu’un moyen d’appropriation
des choses en tant qu’elle est motivée par le désir de ces choses. La pensée
comme séparée du corps serait la pensée d’un corps mort ou d’un esprit pur. De
mon séjour sur terre je peux bien rapporter, dit le Rapporteur, que les hommes
avaient des pensées pour leurs morts mais non que les morts auraient des
pensées pour les vivants. Par contre, le Rapporteur avait remarquer que souvent
avant que l’homme ne meurt mourrait en l’homme le désir qui ne motivait plus la
pensée d’un homme qui sentait alors décliner ses facultés : le sexe ce
fameux agitateur de pensées ne semblait plus l’agiter et le motivait beaucoup
moins son estomac ; seuls les esprits les plus éthérés continuaient à
cogiter : c’est qu’ils avaient appris à trouver du plaisir à penser et
cherchaient en renouvelant leur pensée à renouveler leur plaisir. Mais ces
hommes vivaient parmi les hommes comme des extra-terrestres. Les
extra-terrestres accueillirent favorablement ces paroles du Rapporteur.
Cependant, c’était à ces hommes que les autres devaient de placer si haut la
faculté de penser et de l’aller chercher là où elle ne se trouvait peut-être pas
plus qu’ailleurs, vous voyez où je veux dire, conclut le Rapporteur qui voulait
savoir si tout le monde suivait sa pensée motivée par l’ironie qui était comme
une pensée qui rirait d’elle-même, ce qui est la plus grande fruition de la
pensée.
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