dimanche 22 mars 2020

Le Coronavirus n°3


J’ai souvent entendu dire qu’il y avait dans notre pays des lois que de les avoir appliquées on n’aurait pas eu à prendre des mesures plus mauvaises parce que plus restrictives. Ainsi cette mesure d’urgence et de circonstance, cette mesure de confinement qui dans les faits est non pas irrecevable mais mauvaise en cela même qu’elle est inapplicable quand le propre de toute loi ou règlement est de pouvoir l’être appliqué, or comment peut-on prétendre empêcher les gens de sortir de chez eux et cela, qui plus est, jusqu’à une date indéterminée, prenant ainsi toutes les formes d’un emprisonnement à perpétuité. Il y a par contre une loi contre les attroupements bien connue des agents de sécurité du métro qui permettait d’exiger de ceux qui stationnaient sur les quais, c’est-à-dire qui avaient laissé passer un métro sans le prendre, de prendre la prochaine rame, ce qui équivalait à une durée de stationnement très courte sur les quais si l’on considère qu’il passe un métro toutes les deux minutes. On pourrait tout aussi bien s’en prévaloir pour tous ceux qui stationnent sur les plages ou sur les pelouses et ne l’appliquer pas plus longtemps cette loi contre les attroupements que les dits agents de sécurité n’ont été appelé à la faire appliquer dans le métro, c’est-à-dire avec circonspection et mesure, car il en va des lois comme des plaisanteries quand on dit que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

Aussi sur les routes on a déjà entendu parler de cette fameuse distance de sécurité entre les voitures qui est celle que l’on demande maintenant de respecter entre les personnes. On sait qu’elle n’est pas toujours respectée entre les voitures, comment pourrait-on s’étonner alors qu’elle ne le soit pas plus entre les personnes. Mais de l’avoir fait appliquer plus rigoureusement sur les routes permettrait sans doute qu’elle soit aujourd’hui mieux observée. Tout cela pour redire qu’il y a dans notre pays des lois que de les avoir appliquées on n’aurait pas à prendre des mesures plus mauvaises parce que plus restrictives : si les gens gardaient leur distance la mesure de confinement pourrait être considérée comme nul et non avenue. Mais si les français ne sont pas des japonais ils ne sont pas non plus des russes qui s’embrassent sur la bouche. Et ne leur a-t-on pas trop souvent reproché justement d’être trop distant, sans compter le mépris naturel qui fait que ceux qui se voient font comme s’ils ne se voyaient pas et changent de trottoirs, ce qui est déjà chose courante en temps normal. Il faut de la mesure en toute chose et il n’est peut-être pas utile d’en ajouter beaucoup en matière de distance.

Par contre, en matière de solidarité il y aurait beaucoup à dire et à redire aussi. Cet appel à la solidarité général comment ne pourrait-elle pas ressembler davantage à un appel à une peur généralisée. Et ici encore comment peut-on en appeler brutalement, soudainement à la solidarité, dans une société faite de concurrence et de compétitivité ou chacun est encouragé à faire mieux que l’autre, c’est-à-dire à lui être opposé : que le meilleur gagne. Cette solidarité ne pouvant donc être positive ou altruiste ne peut être que négative et égoïste. Ne pouvant se prévaloir des bons sentiments, de la générosité des sentiments que d’aucun n’a pour son prochain,  ou chacun a peur et ayant peur lui-même veut faire peur à l'autre pour qu’il soit solidaire. Des infirmières aussi choquées par le manque de solidarité que tenaillées par la peur ont fait circuler sur les réseaux sociaux des images de malades du Coronavirus à l’état terminal. Que chaque vie qu’elle sauve leur soit éternellement reconnaissante. Que l’état leur accorde cette prime des mineurs que les agents RATP qui ne vont jamais au charbon perçoivent car elles vont au charbon. Que l’état leur accorde aussi la médaille d’honneur, car il peut être assuré qu’elles ne l’auront pas démérité. Mais pour l’amour du ciel qu’elles ne fassent pas de la solidarité un sentiment motivé par la peur de l’autre, de s’en tenir éloigné, mais qu’au contraire la solidarité nous rapproche quand tout voudrait que l’on s’éloigne. Et alors seulement nous serons de tout cœur avec elles et de tout le personnel soignant à jamais reconnaissant.

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