Je ne devais pas être de bonne humeur et en vouloir à peu près à tout le monde, mais ce que je me suis dit alors a balayé en moi toute animosité, balayée, envolée, volatilisée ; et je me suis juré de me le répéter à chaque fois que je sentirais grandir en moi quelque rancœur contre, non pas mon semblable, car nous nous sentons tous si différent, et forcément mieux les uns que les autres, mais mon contemporain.
Qu'est-ce que je me suis dit ? Rien que de très banal mais qui eut sur moi un effet incroyable : qu'en 100 ans même pas, aucun de ceux que j'ai croisé dans ma vie n'existeront. Qu'il valait mieux encore s'en prendre à un arbre, un mur, quelque chose de plus pérenne. Qui s'en prendrait à quelqu'un qui va mourir ? C'était ridicule et c'était pourtant bien ce que je faisais.
Il n'y a que les choses éternelles qui mériteraient qu'on s'en prenne à elles, et, tout d'un coup, je comprenais mieux qu'on puisse en avoir après la seule idée de Dieu, comme je comprenais mieux aussi que ceux qui ne croient pas en Dieu soient si sereins et aimants. On ne peut qu'aimer ce qui va mourir.
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