Il n'est pas
juste de croire que l'on quitte l'humanité à chaque fois que l'on
perd quelque chose ou quelqu'un : un travail, la santé, un être
qui nous est cher. L'humanité comme une toile, la toile de
l'humanité, faite de plusieurs couches superposées comme dans les
tableaux de maître, et l'on ne fait à chaque fois qu'accéder aux
couches les plus profondes en quittant les plus superficielles, et
comme rien ne semble plus y être représenté, et que l'on se croit
seul, quand on est plus que jamais habité par l'esprit qui préside
à la toile, quand on est plus que jamais dans la toile de
l'humanité. On n'ignorait seulement de combien de couches elle était
composée et que l'on ne la quittera jamais, que même quand on
ne sera plus, elle gardera toujours trace de nous, bien que non
représentés, dans l'épaisseur de ses couches successives. Nous
n'avons simplement pas choisi à quelle profondeur de vie nous
voulons vivre. Et s'il y en a qui nous enfonce, laissons-les nous
enfoncer. Sous la surface des choses c'est encore respirable pour
nous, il y a une humanité plus profonde, c'est tout, et qui respire
autrement, peut-être simplement moins bruyamment, ce qui fait qu'on
pourrait croire qu'elle n'existe pas. C'est même avec ceux que l'on
croit avoir enterrés, avec ceux que l'on a enfoncés, que la toile
respire encore le mieux, qu'elle y trouve son souffle, son
inspiration, le souffle profond de l'humanité.
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