dimanche 18 août 2019

La toile de l''humanité (5)


Il n'est pas juste de croire que l'on quitte l'humanité à chaque fois que l'on perd quelque chose ou quelqu'un : un travail, la santé, un être qui nous est cher. L'humanité comme une toile, la toile de l'humanité, faite de plusieurs couches superposées comme dans les tableaux de maître, et l'on ne fait à chaque fois qu'accéder aux couches les plus profondes en quittant les plus superficielles, et comme rien ne semble plus y être représenté, et que l'on se croit seul, quand on est plus que jamais habité par l'esprit qui préside à la toile, quand on est plus que jamais dans la toile de l'humanité. On n'ignorait seulement de combien de couches elle était composée et que l'on ne la quittera jamais, que même quand on ne sera plus, elle gardera toujours trace de nous, bien que non représentés, dans l'épaisseur de ses couches successives. Nous n'avons simplement pas choisi à quelle profondeur de vie nous voulons vivre. Et s'il y en a qui nous enfonce, laissons-les nous enfoncer. Sous la surface des choses c'est encore respirable pour nous, il y a une humanité plus profonde, c'est tout, et qui respire autrement, peut-être simplement moins bruyamment, ce qui fait qu'on pourrait croire qu'elle n'existe pas. C'est même avec ceux que l'on croit avoir enterrés, avec ceux que l'on a enfoncés, que la toile respire encore le mieux, qu'elle y trouve son souffle, son inspiration, le souffle profond de l'humanité.

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