Jamais je ne me suis autant représenté ce qu'était la douceur d'être couché sur un matelas. Ce n'est pourtant pas à défaut d'y avoir moi-même couché, ni même d'y avoir vu une femme couchée. Une femme, qui était ce qui à mes yeux représentait le plus au monde la douceur, mais je dis était car je n'en suis plus tout à fait sûr.
Donc, jamais je ne me suis autant représenté ce qu'était la douceur d'être couché sur un matelas avant d'y avoir vu mon petit yorkshire s'y étendre mollement sur le côté. Son corps si léger en épousait les formes, ne semblait pas y peser, le déformer, le creuser: on aurait dit qu'il s'était fait au matelas et que le matelas s'était fait à lui.
Rien de ce rapport de force où l'un doit céder à l'autre. A un moment même je crus qu'il était ballotté par le matelas comme on peut l'être en mer par une petite brise quand on fait la planche. Puis, je m'aperçus bientôt que c'était une respiration légère qui soulevait son petit corps au poils doux et soyeux.
Il fallait voir aussi ses petites pattes, fines comme des allumettes, mais loin d'être aussi raides, délicatement posées et légèrement fléchies, comme arrêtées dans le geste du trotteur. Eliot était allongé sur le flanc et sa petite langue, comme tout le reste très "relax", dépassait, donnant à ce tableau de douceur sa marque de tendresse rose.
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