Ce serait une boutade de commencer par dire, et tout le monde en conviendrait, que si l'argent ne fait pas le bonheur il y contribue fortement, de même que de remplacer les paroles de la chanson: "sans amour on est rien du tout" par "sans argent on est rien du tout", de cela non plus personne n'en disconviendrait. Mais si on ne doit pas rejeter en bloc l'argent ou tout l'argent c'est bien le tout de l'argent qui serait à rejeter.
Il y a longtemps cependant que les revendications sociales se résument à demander de l'argent, toujours plus d'argent, des augmentations salariales, et c'est toujours plus à gagner, des diminutions des prix, du coût de la vie, et c'est toujours moins à payer; de cela non plus personne n'en disconviendrait car si l'argent ne fait pas le bonheur il y contribue fortement et sans argent on est rien du tout.
Cependant je ne peux manquer d'attribuer en partie la brutalité de ce monde à ce rapport exclusif que nous avons à l'argent et à accuser autant le capitalisme que le matérialisme, la primauté de l'économique sur l'humain, la réduction de nos rapports à un rapport économique. Même l'amour serait tarifé. N'est pas étranger à cela non plus la réduction de l'amour à l'amour sexuel, au sexe, parce que seul le sexe peut être tarifé.
Qui, si j'ose m'exprimer ainsi, passe à l'as dans tout ça sinon l'être humain, car il ne faut pas s'étonner non plus que tout l'émotif, que tout l'affectif, qui est à mon avis une grande partie de l'humain, passe pour cette partie qui ne mérite pas un traitement social mais un traitement médical, autant dire soit un mal à soigner, pour ne pas avoir d'incidences trop graves sans quoi la police pourrait s'en charger.
Aussi il n'y aurait pas loin de là à voir dans les troubles sociaux des troubles mentaux, de voir dans la personne qui s'en prendrait à la société un dérangé mental. On semble s'être éloigné du tout de l'argent quand on est encore en plein dedans parce que tout ce qui échappe au rapport matériel, et c'est tout l'humain en dehors de ce rapport, c'est-à-dire dans son rapport affectif, qui est oublié.
Il est autant nié dans son existence sentimentale que morale, la société ne serait plus à s'encombrer de sentiments et de moral, tout deux relégués à une certaine puérilité (quand ils ne sont pas taxés de sentimentalité et de moralité bourgeoise), comme à l'enfance de la société, enfance de laquelle elle serait sortie pour prendre les choses plus au sérieux et ce serait avec objectivité et pragmatisme.
De là découle, de cette conception des choses, de l'humain et de la vie, la brutalité de notre rapport au monde qui n'est plus envisagé que sur le plan matériel, de combien il nous en coûterait de vivre. A quoi je ne serais pas loin d'ajouter qu'il nous en coûte effectivement de vivre sans considération sinon subalterne de notre affectivité comme de notre moralité.
Le tout de l'argent serait l'argent comme valeur unique et cela ne peut aller en effet sans la déconsidération de toute autre valeur que l'on devrait donc à nouveau considérer pour palier à ce tout de l'argent qui évidement ne peut pas nous rendre tous heureux parce que s'il n'y a qu'une façon d'être heureux c'est d'avoir de l'argent, l'argent unique source du bonheur pourrait se tarir bien vite et la société devenir un désert social.
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