mardi 13 octobre 2026

La moralité des comportements


Comme je lisais Histoire de la sexualité de Michel Foucault, et c'est beaucoup dire, car j'en avais entrepris au choix un chapitre, et n'entendais pas le lire autrement que par goût et caprice, aussi que de façon sporadique, le laissant et le reprenant à ma guise, car me sentant appelé en même temps par d'autres lectures, ce qui fait de moi un lecteur inconstant et infidèle, ou l'inverse si l'on considère que j'y reviens souvent et ne lâche jamais complètement, ceci comme tout ce que j'entreprends une fois et pour toujours.

Aussi je tombais sur ce passage: "les individus ou les groupes se conduisent en référence à un système prescriptif qui est explicitement ou implicitement donné dans leur culture et dont ils ont une conscience plus ou moins claire. Appelons ce niveau de phénomènes la "moralité des comportements" " qui me renvoyait directement, me semblait-il du moins, à ce que j'étais en train de vivre par cette connaissance que j'avais de fraîche date et qui était plutôt une méconnaissance des modes de fonctionnement des sites de rencontre et c'est que j'étais depuis peu sur Randodate.

Il me semblait ainsi tout naturel d'adresser un message à qui j'avais rencontré lors d'une randonnée pour célibataires et un peu discuté avec, ce qu'on appelle faire connaissance; et en des termes il me semble sans doute invitant mais non point trop compromettant, encore moins prêtant à s'en offusquer; et si je donne toutes ces précisions c'est qu'à mes messages il ne fut pas répondu.

Etait-ce cela le nouvel usage? Ne pas répondre éviterait de se perdre en précautions aussi hypocrites qu'inutiles, mais cherchant toutes à ménager l'autre. C'est que, selon une moralité qui semblait être dépassée, la moindre des corrections aurait été de répondre. Devais-je à mon tour ne plus m'y sentir tenu, car le comportement des uns ne se règlent t-il pas sur celui des autres?

Seulement, si je devais ajouter à ma difficulté à comprendre la femme ou dans un sens plus large l'autre, celle de comprendre le mode de fonctionnement des sites avec leurs usages comme celui des likes auquel en tant que tout nouveau venu je ne me pliais pas: les trouvant tout à fait ridicules et déplacés: n'ayant jamais apprécié une personne pour sa photo et ne pouvant ainsi lui signifier que je l'appréciais pour cela.

Il serait intéressant cependant pour les spécialistes de se pencher sur les nouveaux comportements ou moralité des comportements que pourrait induire les sites de rencontre puisqu'il n'y aurait plus que comme cela que l'on puisse se rencontrer, qu'il faille absolument passer par eux si l'on ne veut pas rester désespérément seul, car cela ne veut pas dire qu'on ne le restera pas sinon avec espoir de ne pas le rester qui est celui qui anime tous ceux qui ont recours à ces sites.

Il faut bien alors les considérer et les faire entrer dans nos pratiques mais il doit avoir là plus qu'ailleurs un flou à comment se comporter, qui amenant plus de naturel amènerait aussi plus de sauvagerie, chacun ne se sentant plus tenu par l'autre qui resterait cet étranger avec qui néanmoins l'on aurait échangé mais avec qui l'on ne se sentirait nullement obligé, pas plus qu'avec un anonyme puisqu'à son anonymat s'en serait retourné comme nous au nôtre.

Ce n'est plus la famille, pas plus la société des amis, on voit des photos, à ces photos s'attachent des noms de façon tout aussi gratuite ou fortuite, à défaut d'histoire un rapide historique ou présentation de la personne, de la personne sans histoire sinon personnelle, sans histoire commune, une aventure qui sait, probable, improbable. A quoi s'en tenir? Comment s'en tenir? A rien, à presque rien.

Il y a un naturel artificiel et une artificialité dans le naturel car ce n'est en réalité pas plus gratuit que fortuit: des êtres sont là qui ont voulu être là pour se rencontrer mais qui feignent d'être là en passant, d'être là sans vraiment y être, d'être là pour eux sans vraiment y être pour l'autre, conduite bizarre, extravagante, ou très quant-à-soi.

Exploration d'un univers inconnu qui est l'autre vu sous l'angle de l'inconnu: sorti de l'inconnu avec retour possible à l'inconnu à moins que quelque chose se passe, se fasse; sinon à rien l'on est tenu ou à quoi l'on devrait être tenu, pas de règles en la matière, pas de règles préconçues, on est comme lâchés dans la nature, comme des êtres primitifs qui auraient une voiture et surtout un smartphone et internet.

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