Toujours cette impression quand je reviens au roman de reprendre contact avec la réalité, et dire que les lecteurs passent pour des doux rêveurs quand le lecteur de roman est l'homme de tous les jours bien ancré dans son quotidien; il faut être passé par la philosophie et la poésie pour faire la différence de genre.
Le philosophe veut refaire le monde, avec le poète il l'idéalise ou le noirci, dénigre, calomnie, mais jamais n'y met vraiment les pieds: il est à hauteur d'idées et n'y descendra pas. Il y a bien un peu de poésie aussi qu'un peu de philosophie dans tout roman qui est un peu comme un pot pourri où l'on trouve de tout, mais c'est la réalité du vivant qui prédomine et à laquelle aussi il n'échappe pas, faut pas rêver!
Oui, contrairement à l'idée reçue tout nous dit dans le roman qu'il faut pas rêver comme ce qui arrive au rêveur. Oui, rien de mieux qu'un roman pour nous remettre les pieds sur terre, aussi beaucoup cherchent dans les romans des leçons de vie et ce sont en effet des expériences de vie qu'ils peuvent recevoir mais sans prendre de coups de bâtons.
Et c'est cette absence de coups de bâtons sans doute qui les fait passer pour des doux rêveurs, qu'on croit par la lecture les voir devenir et qu'ils deviennent très certainement s'ils finissent par croire que tout se passe dans la vie comme dans un roman qu'on lit sans prendre de coups de bâtons alors qu'ils pleuvent tout autour de nous. Non! faut pas rêver!
Le disent ceux qui aimeraient leur administrer ces coups de bâtons histoire de les ramener à la réalité et c'est en quoi l'on pourrait tout de même parler d'une réalité idéalisée puisqu'elle se passe de coups de bâtons; et il en serait ainsi si seul le lecteur en serait indemne mais non les personnages du roman et c'est à leur enseigne que le lecteur est enseigné.
Cette enseignement ne vaut cependant pas enseignement de vie, on est dans la fiction, et qui oserait par la suite se permettre ce que se permet un personnage de fiction il pourrait lui en coûter comme il en a coûté au personnage de fiction, tandis que comme il se contenterait de lire, ce qu'il fait, il ne pourra rien lui arriver; au cas contraire: faut pas rêver!
Faut pas rêver! sonnerait là comme un avertissement, une mise en garde faite aux lecteurs, à tout lecteur qui (oui, c'est ça) prendrait ses rêves pour la réalité, ses rêves étant bien entendu ses lectures qui sont comme autant d'expériences de vie, certes, mais sans les coups de bâtons. Alors, faut bien lire mais faut pas rêver! C'est autre chose la réalité de la vie que la réalité du roman, que de vivre à même la vie où les coups de bâtons sont bien ressentis.
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