Je crois pouvoir dire sans trop me tromper et faire une généralité sans que trop de mon temps puissent y échapper que s'il nous était donné d'exprimer tout haut ce que nous pensons tout bas très souvent reviendrait comme un leitmotiv: A quoi bon!
Si je vais voter, et je ne vais plus voter, et comme moi beaucoup de ma génération, et qui sait si encore plus de l'autre, ne vont plus voter, et comme eux je pense que voter pour les uns comme pour les autres n'y changent pas grand chose, et alors on se dit tous ensemble: A quoi bon!
Quant à faire carrière comme nos pères il aurait fallu être de leur génération pour en avoir la motivation et c'était accéder à la société de consommation car pour beaucoup on ne pourra pas dire qu'ils avaient la vocation, n'étions nous pas alors en droit plutôt que de vouloir ce qu'ils avaient voulu et déjà obtenu: un niveau de vie appréciable (surtout par eux), de vouloir que notre profession réponde à une vocation. Travailler pour travailler: A quoi bon!
Résultat (pour beaucoup d'entre nous) le chômage, et plutôt que les subsides du travail les subsides du chômage, et comme ils s'étaient accommodés des premiers nous nous accommoderions des seconds aussi que de leurs récriminations, car si nous avions pensé de toute la hauteur de notre pensée par trop altière: honte à eux, à leur tour (juste retour des choses) de toute leur pensée par trop terre à terre ils disaient: honte à vous. Quant à tous ce qu'ils avaient fait avant nous le continuer après eux nous disions: A quoi bon!
Leurs luttes ont en parle encore mais sans plus les comprendre que les guerres de religions ce qui ne nous empêche pas de les juger comme nous jugeons ces dernières et c'est tout autant de ne pas les avoir connus. Ils aiment l'histoire comme nous aimons l'actualité, ils se raccrochent à leur passé comme nous nous raccrochons à notre présent, car pour nous se retourner: A quoi bon!
Et, pour finir, mettre des enfants au monde et dans quel monde, nous étions déjà beaucoup à nous poser la question mais pas tant à y répondre conséquemment, cependant que les choses n'allant pas s'améliorant nous serions de plus en plus nombreux à nous dire: A quoi bon!
Aussi il ne faudrait pas être surpris comme je le fus que ma tante qui avait fait fortune dans la merguez à Bordeaux, la ville de Montaigne avant d'être celle de la merguez, me parle du lâcher prise, si c'est toujours de soi que l'on parle ou ce que l'on se dit à soi-même que l'on voudrait faire partager aux autres, mais ce qui aurait valu pour sa génération ne valait plus pour la mienne qui n'était pas plus celle de Montaigne que celle de la merguez mais bien du: A quoi bon!
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