lundi 7 septembre 2026

L'agent de liaison


Je me levais un matin et trouvais le monde changé. Je me demandais ce qu'il avait bien pu se passer. Le grand bouleversement n'avait cependant pas modifier l'emplacement, comme il a lieu et l'habitude de le faire avec les choses il ne l'avait pas fait non plus avec les gens. Mais si tout paraissait être à sa place comme avant, je voyais tout autrement et je compris alors que c'était mon regard sur le monde et non le monde qui avait changé.

Je m'étais couché tôt la veille et je me levais tôt ce matin là où ma présence au monde elle même me surpris comme quelqu'un peut être surpris en flagrant délit de vie. Quelque réveil avait sonné mon réveil et sorti comme d'un long sommeil. Ce n'était pas moi qui l'avais mis. Et comme je me disais cela je crus savoir qui: l'agent de liaison.

J'étais dans l'état de cet homme qui serait tombé et se relèverait un peu groggy, un peu groggy mais plus que jamais lucide sur sa condition, et voyant tout plus clairement que jamais. Et c'était la réalité d'un monde qui vivait indépendamment de ma petite personne qui était aussi cet autre monde où j'avais vécu jusque là et jusqu'à sa métamorphose.

Que je n'arriverais jamais a en être, c'était tout ce que je me disais, car j'y étais venu trop tard, mais cela ne m'avait jamais empêcher de penser qu'on pût y être bien. Il eût fallu que je n'en connusse pas d'autre. J'étais dans cet entre-deux. Toujours nécessiteux d'un agent de liaison, de qui me relierait à ce monde dont la nouveauté toujours renouvelé me rendait pareil à l'étranger.

Car ce sentiment d'étrangeté que revêtait le monde à mes yeux ne  tenait pas tant au monde qu'au regard que l'étranger porte sur le monde et cela il le doit au fait de ne pas lui appartenir, de ne pas y être de plain pied ou autrement que comme un étranger.

Il vient d'ailleurs qui ne peut être autre que ce point de départ de chacun, mais sa particularité à lui serait de ne pas pouvoir s'en détacher pour porter son regard exclusivement sur le point d'arrivée, mais plutôt de le laisser traîner, de s'appesantir, puis de finir par avoir une longueur de retard sur tout ce qu'il voit, d'être à la fois à ce qu'il voit et ailleurs.

Et c'est voir avec le regard de l'étranger qui n'est jamais à ce qu'il est, qui, parce qu'on ne peut être que dans l'immédiateté, se rachète en achetant tout ce qu'il ne peut posséder autrement. Il ne coïncide pas et ce manque de coïncidence avec les êtres et les choses est ce qui lui ferait vouloir tout acheter.

Je n'aime pas ce touriste, je ne comprends pas cet engouement pour le tourisme sinon parce que ce n'est pour beaucoup pas un état mais un jeu auquel l'on se prête juste le temps des vacances. Mais cette vacance de soi-même, ce manque de coïncidence, cet entre-deux, qui pourrait le supporter plus longtemps. Chacun revient à son travail comme à lui-même.

Qui serait partout étranger, aurait partout l'impression de faire du tourisme, vivrait dans cet entre-deux, parce qu'ayant quitté son point de départ il n'arriverait pour autant nulle part, serait toujours du voyage, n'aurait pas de point d'attache, ne pourrait alors que passer comme moi par un agent de liaison pour se lier à ce monde, et j'étais resté trop longtemps sans agent de liaison et le grand bouleversement viendrait de ce que je venais de retrouver un agent de liaison entre moi et ce monde.

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