Qui ne sent pas les barreaux de sa prison n'en est t-il pas moins en prison que celui qui les sent, mais quand l'un qui ne les sent pas ne fera rien pour les rompre, l'autre fera tout. Aussi la politique bien comprise de la société viserait à rendre les barreaux de la dite société le moins sensible comme le moins visible à tous, et l'on peut dire que la démocratie est le régime politique qui y aurait réussi le mieux.
Est-on libre pour autant? La question reste posée mais on peut la poser autrement: de combien de liberté sommes nous capables ou inversement jusqu'à quel point sommes nous capables de nous asservir aussi que de mesurer notre degré d'asservissement, on en revient aux barreaux de la prison qui pour être une prison dorée n'en serait pas moins une prison.
Qui sait si notre éducation ne serait pas qu'un long apprentissage visant à nous faire aimer les barreaux de notre prison dorée, et je l'a dit dorée parce que la plupart des détenus y seraient assez bien servis et pourvus de tout ou presque tout qu'ils n'en voudraient plus sortir, dotée comme elle est à chaque fois de plus de technologies modernes qui sont autant de moyens de communication tout en restant en prison.
Je fis l'épreuve il y a longtemps de notre enfermement volontaire et c'était quand j'étais encore agent de sécurité de la RATP, des heures mes collègues et moi passées à déambuler dans les couloirs du métro pour en assurer la sécurité, et voulus refaire surface ne serait-ce qu'un instant pour voir la couleur du jour: mais non ils étaient bien là où ils étaient, habitués comme ils y étaient.
Il est vrai que l'on touchait une prime qu'on appelait la prime des mineurs et qui devait compenser toutes ces heures de souterrain et je crois que s'il n'y avait pas de prime il n'y aurait pas de prison dorée et que ce que fait le mieux notre société c'est de faire de nous des détenus argentés, des toucheurs de primes qui compensent voire récompensent notre enfermement en son sein, de sorte que nous n'en voulions plus sortir.
Mais tout l'argent du monde ferait-il notre bonheur si nous sentions les barreaux de notre prison et, s'il le fait, n'est-il pas parce que nous ne sentons pas les barreaux de notre prison. Il ne faut pas croire que cet enfermement ne serait qu'un enfermement physique quand il est aussi un enfermement mental, on parle à cet effet de conditionnement et c'est comme l'on peut conditionner nos produits, ceux de notre société marchande.
En dehors de nos murs, ses murs plutôt, il n'y aurait pas de sécurité, et ses murs ne seraient là que pour assurer notre sécurité et non pas notre enfermement, voilà tout le discours officiel et j'avoue y être pris (enfermement mental) autant que je suis pris entre ses murs (enfermement physique) parce que j'en suis venu à aimer davantage tout ce confort matériel que la dite société assure à ses détenus dans sa prison dorée que ma liberté.
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