dimanche 19 juillet 2026

Le sacré


Je me dirigeais vers les toilettes, il n'y a en ça rien de répréhensible surtout quand on est pris par un besoin irrépressible qui faisait que déjà je sortais de ma braguette … pour plus vite pouvoir me soulager cependant que je passais devant une photo de Sylvie qui nous a quitté il y a plus d'un an maintenant et je perçus alors ce geste, qui jadis eut été bienvenu et propice à une relation intime, comme blasphématoire.

J'associais aussitôt cela à la pensée qu'il aurait paru aussi inconvenant que rappelant la défunte à des proches dans mes souvenirs il y eut des souvenirs de cet ordre là dont je fasse le récit, voire même que je me remémore en me la remémorant, car je me trouverais aussi reprochable d'avoir de telles pensées qui ne semblent plus convenir à son état. 

Voilà où je veux en venir: à rien de moins qu'à la naissance du sacré voire du religieux mais il m'en faut passer d'abord par le culte des anciens dont les petits Kanak en Nouvelle Calédonie m'avaient parlé avec beaucoup de respect et qui n'était rien d'autre que le culte des morts. Ces morts semblaient avoir revêtus pour eux une dimension que je n'aurais pas cru possible que les miens un jour atteignent.

Eh bien il leur a seulement suffit de mourir pour cela, pour que mes sentiments comme mes pensées à leur égards soient plus élevés et respectueux, pour qu'ils prennent enfin à mes yeux une autre dimension que j'aurais du mal à définir sinon comme différente de celle des vivants. Et comme les petits Kanak et c'étaient des enfants mais je ne le suis plus pourtant je me surprends à parler à mes morts.

J'ai lu entre autre d'Unamuno un philosophe espagnol que croire ou vouloir croire c'est vouloir croire à l'immortalité et ce serait de la nôtre propre qu'il s'agit. Sans doute, mais j'aimerais ajouter à cela qu'il y a peut-être quelque chose que l'on supporte moins que sa propre mort et c'est la mort de ceux qu'on a aimé et qu'on n'accepte pas d'avoir perdus.

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