samedi 14 mars 2026

Notre corps et nous (ou états du corps)


Quelqu'un qui va dormir tout ce qu'il a envie c'est qu'on le laisse dormir et surtout qu'une fois endormi personne ne vienne le réveiller; pourquoi n'en serait-il pas de même pour quelqu'un qui va mourir, pourquoi n'aurait-il pas envie qu'on le laisse mourir et surtout qu'une fois mort personne ne le ramène à la vie; et c'est bien ce qui se produit. Maintenant si nous sommes bien réveillés et pas fatigués du tout on a effectivement pas du tout envie de dormir. On fait l'expérience d'états du corps différents qui amènent un état d'esprit différent si bien que quand on est dans le second état et c'est celui qui procède à notre vie en bonne santé on est pas du tout prêt à accepter la mort mais c'est trop tôt la considérer puisqu'elle ne correspond pas à notre état physique; il est naturel aussi de ne pas y penser, naturel à notre état de vie qui est celui du corps.

La religion ou la philosophie qui voudrait qu'on l'ait constamment à l'esprit, la mort, me parait ne pas tenir compte des états du corps, de sa prédisposition ou pas à l'accepter. Faire fi de son corps c'est bien tout ce que les religions et les philosophies ont faites jusqu'à présent et c'est aussi un déni du corps. Vouloir commander à son corps c'est comme vouloir commander à la nature et ne pas le laisser vivre c'est ne pas se laisser vivre; aussi le découvrir c'est nous découvrir en lui une vie; une vie qui ne se refuse rien, pas même la mort, comme on ne se refuse pas de dormir et sans nourrir l'espoir de se réveiller. Cet espoir est celui d'une humanité qui n'écoute pas son corps, son corps qui est sa nature propre. Il est bien connu que la société comme la civilisation veut avoir la main mise sur les corps comme sur la nature, en disposer à volonté, et c'est son point de vue qu'elle nous fait adopter de gré ou de force.

Et si les états d'âme n'étaient rien d'autres que des états du corps qui nous les procurait. Il n'y a pas si longtemps que ça dans l'histoire de l'humanité comme dans celle de la médecine on parlait de sanguins, de bileux, de lymphatiques, le rapport au corps était clairement souligné; que cela ne soit plus aussi clair ne veut pas dire non plus qu'il n'y en ait pas de rapport, et l'expérience de tous les jours nous fait clairement appréhender la nature humaine selon des critères physiques qui certes s'ajustent ou se nuancent d'après la dite expérience pour être de moins en moins des préjugés et si jamais une science exacte une science humaine qui aurait fait ses preuves, de plus en plus ses preuves au cours de notre vie et de ses observations qui nous amèneraient à saisir de mieux en mieux la nature humaine en commençant par la nôtre qui aussi nous échapperait de moins en moins si nous étions, non pas à l'écoute de notre âme, mais de notre corps et de ses exigences. Ainsi tout le monde a fait l'expérience d'états euphoriques après quelque exercice physique, d'être parti triste à la salle de sport et d'en être revenu la gaité au cœur, d'être parti angoissé pour une promenade en forêt et d'être revenu plein de paix et de sérénité après ce retour à la nature qui est aussi un retour à notre corps.

Aussi si la mort nous est étrangère elle n'est pas étrangère à notre corps mais bien à la société dans laquelle nous vivons, comme d'ailleurs le corps l'a longtemps été pour ladite société qui ferait peut-être seulement mine aujourd'hui de le prendre en considération et plus dans les discours que dans les faits, l'ostracisme est bien entendu le rejet du corps de l'autre. Et comme c'est jamais nous qui mourons mais l'autre le rejet de la mort c'est d'abord le rejet du corps de l'autre. Si nous ne communions pas par le corps nous ne communions pas et la communion du saint esprit on a bien vu ce que cela à donné au cours des siècles: des morts et encore des morts. En perdant de vue le corps de l'autre on perd de vue la mort puisqu'on a dit que c'est toujours l'autre qui meurt et jamais nous. Il meurt loin de nos yeux dans des hôpitaux et dans des maisons de retraite, livré aux mains des spécialistes, certes bien plus compétentes que les nôtres mais bien moins familières. S'est-il jamais réconcilié avec son corps contre lequel on continue à se démener avec tous les moyens que la société met à notre disposition, l'état d'urgence car c'est ainsi qu'on l'appelle ne s'y prête pas ou moins que les veillées; ce n'est plus toute l'humanité, une humanité familière qui veille un corps, l'accompagne la compagnie des autres corps se familiarisant aussi avec la mort, mais une société mise en alerte par une mort imminente et anonyme et étrangère et qu'on voudrait pas de ce monde.

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