vendredi 27 février 2026

La grand-mère c'était Tatie Danielle...


La grand mère c'était tatie Danielle qu'on disait et c'était pas faux. Mais il voudrait dire autre chose avec parce que la grand-mère elle l'avait toujours accueilli chez elle quand même ses parents ne voulaient pas de lui. Pour commencer si elle était méchante la grand-mère c'est peut-être parce que personne n'avait été gentil avec elle. C'est vrai que ses enfants l'avait accueilli chez eux et qu'il y avait même accompagné lui à la grand-mère chez ses enfants où elle faisait des ménages, ce qui veut pas dire non plus que c'était que pour ça qu'on l'invitait à la grand-mère mais personne n'ignore comment ils fonctionnent les vieux pour qu'on veuille toujours d'eux, et comment ils cherchent toujours à se rendre utiles pour juste avoir encore un peu leur mot à dire; et c'est là où ça pêche: le mot qu'elle avait à dire la grand-mère il était pas toujours bon à entendre et c'était qu'il était aussi jamais gentil, surtout pour les belles sœurs, c'est un grand classique, mais lui il avait assisté à ce grand classique et c'était pas beau à voir, pas flatteur pour la grand-mère qui se retrouvait bientôt seule avec lui dans une grande maison vide. C'était qu'on profitait que la grand-mère soit là pour partir, qu'on viendrait rien voler, mais c'était aussi que la grand-mère il fallait se la supporter. Déjà les vieux, à vrai dire, on les supporte de moins en moins. C'était pas sûr pourtant que la grand-mère elle aimait personne; c'était plus sûr de dire qu'à la grand-mère personne ne l'aimait, excepté lui, lui qui devait passer pour un idiot dans toute la famille et c'était pas tout à fait faux non plus si l'on considérait que c'était de l'amour à peine perdu qu'on pouvait avoir pour la grand-mère qui avait été trompé en amour en commençant par son mari le grand-père qui lui par contre leur avait laissé un bon souvenir à tous dans la famille. 

Il le revoyait sur sa chaise sa pipe à la bouche, mais il lui avait jamais rien dit le grand-père, il était même pas sûr que le grand-père avait des sentiments pour lui comme on peut en avoir pour les petits enfants; il ne saurait pas dire pourquoi mais il avait ses réserves lui sur le grand-père en tant qu'homme, parce que les hommes ils se sentent entre eux, et lui il avait senti que le grand-père il le sentait pas, et lui il l'avait pas bien senti non plus au grand-père. Son seul défaut pourtant et que tout le monde lui pardonnait et voyait même comme flatteur pour le grand-père c'était qu'il avait eu beaucoup d'aventures dans sa vie. Quand il l'avait connu lui au grand-père il en menait pas large parce que c'était la grand-mère qui avait à charge de s'occuper jour et nuit de ce grand malade, de ce noceur devenu diabétique, qui devait maintenant garder le lit, plus question de sortir. N'empêche que la grand-mère elle était pas de ces femmes que si leurs maris perdent leur boulot ou la santé elles le quittent aussitôt, si elles ne l'ont pas quitté avant et pour moins que ça. Si elle l'avait pas quitté avant la grand-mère, au temps de ses fredaines, c'était pas pour le quitter maintenant qu'il était malade le grand-père. Après elle aurait fait tout un cirque quand il est mort le grand père, c'est la belle sœur qui le disait, mais il n'était pas sûr lui que c'était du cirque qu'elle avait fait la grand-mère le jour de l'enterrement, et c'était pas parce qu'elle avait dit qu'elle le détestait, comme elle s'était confiée, qu'elle l'aimait pas, au contraire, ce qu'il faut comprendre par là c'est qu'y a que l'indifférence qui tue l'amour; les gens indifférents c'est des gens qui ne s'aiment pas, il en dirait pas autant lui des gens qui se détestent parce qu'il les voit bien se battre puis se jeter dans les bras l'un de l'autre, ce qui n'est pas non plus se réconcilier parce qu'ils se sont toujours aimés. Le grand-père par contre lui avait semblé indifférent à tout.

C'est en quoi il reconnaissait lui les grands égoïstes, ceux qui ne vivent que pour eux et qui n'aiment personne d'autre qu'eux. La grand-mère elle avait toujours vécu pour les autres, même s'il l'avait connu toute seule, depuis que le grand-père il était mort, toute seule qu'elle était dans son petit appartement de Levallois Perret la grand-mère, juste en face du cimetière qu'on pouvait voir de la fenêtre du salon où elle regardait la télé toute la journée. Un jour qu'il était passé la voir et qu'il avait l'intention comme à son habitude d'y dormir et d'y manger et ce n'était pas parce qu'il n'avait pas où dormir et où manger mais qu'il mangeait mieux et qu'il dormait mieux chez la grand-mère, il y avait trouvé Guy ce fils dont elle parlait si mal, qu'il avait reçu une bouilloire pleine d'eau chaude Guy quand il était tout petit et que ça expliquait qu'il était fou et faisait dans la vie que des bêtises, la honte de la famille Guy, pas comme l'autre, Jo, qui avait réussi et qu'elle lui préférait la grand-mère, chez qui ils allaient pour le ménage et pour garder la maison quand ils étaient pas là et qu'elle y allait quand même et que lui il l'accompagnait parce qu'il fallait prendre le train et que c'était loin de la gare à pied. Mais, fallait-il le rappeler, aux deux fils elle n'était pas indifférente la grand-mère, et on pourrait pas dire la même chose de sa mère à lui, sa fille à elle, mais qui se réclamait du papi comme tout le monde dans la famille et comme tout le monde dans la famille disait pis que pendre de la mamie. Si lui il avait fait que les écouter comme si seulement il avait écouté ce que la grand-mère lui avait dit de Guy il ne l'aurait pas aimé à la grand-mère. Mais Guy quand il était venu chez la grand-mère c'est aussi parce qu'il n'avait pas où aller. Plus de femmes, et Guy c'était comme le grand-père il avait eu sa collection de jolies femmes et avait gagné des cents et des mille dans ce qu'il faisait, mais ça avait jamais été bien clair ce qu'il faisait Guy jusqu'à ce qu'il se retrouve en prison et avec interdiction bancaire et plus de femmes avec qui dépenser, c'était là, après la prison, qu'il avait déboulé chez la grand-mère et que lui l'avait vu à Guy. Guy il parlait de se foutre en l'air, mais c'était un jouisseur Guy, qui a vu un jouisseur se foutre en l'air sinon avec une nana bien foutue. Il était content lui de le voir à Guy mais c'était comme le papi c'était pas réciproque, c'est qu'il occupait la place Guy maintenant et que pour un bon moment il allait bien mangé et bien dormir chez la grand-mère tout en disant qu'il allait se foutre en l'air et que la grand-mère elle était méchante, il avait même rajouter Guy en riant qu'il fallait voir ce qu'elle lisait la grand-mère.

Souvent lui il avait accompagné la grand-mère au marché de Levallois Perret et c'était quand il y avait plus grand monde et que les marchands cassaient les prix pour se débarrasser de la marchandise qui était plus très fraîche mais faisait la bonne cuisine de la grand-mère, jamais il avait aussi bien mangé que chez la grand-mère quand elle disait qu'elle allait faire réchauffer les restes et c'est qu'elle avait qu'une toute petite pension de réversion du papi. On lui reprochait d'être pingre à la grand-mère, pas au papi d'avoir été une poche percée, mais Guy on savait qu'il dépensait tout avec ses femmes, les chiens ne font pas des chats qu'on dit. A la fin du marché toujours elle passait la grand-mère, c'était son petit plaisir, et s'il lui restait quelques sous, devant l'étalage de livres pour en acheter un ou deux d'occasion qu'on pourrait voir aujourd'hui dans les boites à livres où elle les aurait eu gratuits. Mais jamais à lui il lui serait venu l'idée de les feuilleter. C'est ce qu'il avait fait Guy quand il était chez la grand-mère et qu'il lui avait dit tu sais ce qu'elle lit ta grand-mère? Non, lui il voulait pas savoir, pour lui un livre c'était aussi intime qu'une femme et il n'était pas de ceux qui parlaient des femmes librement ou pour s'en vanter. Ta grand-mère elle lit des livres cochons qu'il avait dit Guy. Un jour qu'il avait la fièvre il avait dormi dans le grand lit de la grand-mère avec la grand-mère dedans et le crucifix au-dessus d'eux, et, en face du lit, une statue de la vierge qui lui avait fait peur quand il s'était réveillé au milieu de la nuit et de sa fièvre parce qu'elle était fluorescente la statue et que lui il avait cru à une apparition. Mais la grand-mère elle l'avait jamais touché, seulement que le petit lit dépliant dans le salon pour un malade c'était pas ce qu'il y avait de mieux, et qu'elle avait passé son temps à le recouvrir après lui avoir administré un grog bien chaud, parce qu'il fallait qu'il transpire qu'elle pensait la grand-mère pour que le mal le quitte. Jamais personne s'était occupé de lui comme la grand-mère.

Mais il fallait pas parler à la grand-mère des malheureux. Jamais il lui avait vu donner une pièce aux malheureux à la grand-mère qui marchait au milieu des rues de Levallois Perret comme une princesse et qu'on l'écrase si on voulait, fallait-il pas être malheureux pour être comme ça? Mais c'est qu'elle était digne la grand-mère, digne comme seul savent l'être les malheureux et que jamais elle aurait mendié elle la grand-mère, c'est qu'elle n'avait pas vu qu'il lui dit un jour comme lui un mendiant qui était si digne qu'on aurait pas dit qu'il mendiait et que si on lui donnait la pièce c'était avec le plus grand respect. Par une froide nuit d'hiver elle l'avait appelé pour qu'il l'accompagne à l'hôpital, qu'elle se sentait pas bien qu'elle avait dit la grand-mère et que ses yeux lui faisaient mal, qu'elle n'y voyait presque plus rien, et ils y étaient allés tous les deux à pied. Elle avait pas bronché la grand-mère qui avait marché plus que jamais au milieu de la route; on avait pas voulu la garder à l'hôpital et il avait bien fallu qu'ils reviennent toujours à pied, il s'en rappelait parce qu'il avait neigé cette nuit-là et qu'il avait eu bien peur de la perdre à la grand-mère qui avait eu encore la force de faire en rentrant une soupe bien chaude avec les restes et du pain à tremper dedans. Elle avait pas eu froid aux yeux non plus la grand-mère, elle qui lui disait quand il l'a quittait d'être prudent parce qu'à longueur de journée elle voyait à la télé qu'il y avait des agressions partout et à n'importe quel moment du jour et de la nuit, ce qui était une exagération qu'il lui disait à son tour parce qu'alors il faisait parti des effectifs de sécurité du métro et qu'il trouvait les journées bien longues et bien ennuyeuses. Mais tout le monde voit le monde de sa fenêtre et lui parce qu'il était gentil verrait le monde gentil qu'elle aurait pensé la grand-mère tandis qu'elle le verrait méchant elle le monde. Ceci dit en passant elle lui préférait son frère Bernard qui était un méchant mais qu'elle disait qu'il avait bon fond, possible qu'il est son frère bon fond comme elle disait la grand-mère, mais c'était pas parce qu'il avait bon fond Bernard qu'elle l'aimait la grand-mère parce que lui aussi il avait bon fond, mais parce qu'il était méchant et que les méchants entre eux lui il irait pas jusqu'à dire qu'ils s'aimaient mais qu'ils se sentaient entre eux, et peut-être même qu'ils sentaient cette souffrance en eux, ce mal d'amour en eux et que ça les rapprochait un peu parce que la souffrance ça rapproche entre eux ceux qui souffrent, pas les autres qui s'en éloigne.

Lui il avait bien compris que ça servait à rien d'être gentil avec eux parce qu'ils le prenaient mal, que c'était trop tard pour être gentil avec eux quand le mal était fait en eux, qu'ils ne comprenaient que les mauvais traitements quand ils n'avaient jamais connu que les mauvais traitements et qu'ils n'en sortiraient pas de là, comme des chiens enragés qu'ils étaient, c'était plus tôt qu'il aurait fallu leur sourire, que la vie leur sourit. Et c'est pourquoi il avait plus que de la pitié et de la compassion pour la grand-mère et pour son frère mais qu'il avait arrêté de voir la grand-mère comme il avait arrêté de voir son frère. C'est vrai que de toute façon la grand-mère était morte et que son frère lui était à moitié mort, et que s'il avait voulu les revoir il aurait pas pu, parce que d'eux il ne restait rien ou presque rien, et c'est pour cela aussi qu'il se rappelait la grand-mère quand elle était encore vivante et qu'elle lui disait entre autre gentillesse que son frère avait bon fond et que, son père qui l'avait battu, comme son frère l'avait battu, s'il n'avait pas été là pour sa mère, sa mère qu'il battait aussi, sa mère qui était sa fille à la grand-mère, elle aurait mal fini. C'est que la grand-mère elle validait tout ce qui était force et exercice de la force et qu'elle voyait pas en lui un agent de sécurité qu'elle lui avait dit aussi quand lui il se la jouait encore à la Starsky et Hutch, en quoi elle se trompait pas non plus la grand-mère parce qu'on avait fini par le mettre en inaptitude, et c'était ce qui lui pendait au nez qu'elle avait dit la grand-mère, comme le jour où il lui avait présenté Luisa sa femme, cette femme n'est pas une femme pour toi qu'elle lui avait dit la grand-mère, et c'était vrai aussi qu'elle l'était par resté longtemps sa femme Luisa. Autant dire que la grand-mère n'avait jamais un mot gentil même pour lui qu'elle aimait cependant. Allez y comprendre quelque chose surtout si vous pensez que les méchants ils aiment personne quand plutôt ils pensent que personne ne les aime à eux et c'est ce qui les rendrait méchant aux méchants et qui fini par faire que plus personne ne les aime aux méchants; parce qu'à l'heure qu'il est et qu'il se la rappelle il ne pourrait même plus dire si lui encore il l'aimait à sa grand-mère qui l'avait pourtant si souvent nourri et hébergé et quand tout bébé la sœur de sa mère l'aurait ramené chez la grand-mère, il fallait pas l'oublier ça non plus, c'était elle la grand-mère tatie Danielle qui lui avait changé les couches et lui avait donné la tétée. Après comme elle avait pas pu le garder il avait pas bien grandi, souffert de l'asthme, souffert de rachitisme, souffert de mauvais traitements, mais ça c'était une autre histoire, et surtout pas la faute de la grand-mère.

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