Je voyais les gens comme un enfant les voit mais qu'on oublie quand on est grand et j'ai grandi sans plus voir personne avec cette innocence qu'on prête aux enfants mais qui n'est pas l'innocence du bien sinon celle du mal qui est celle qu'on perd en prenant de l'âge. Je l'ai retrouvée si récemment que j'en pleure souvent et avec contentement. Quel étrange figure de parents ont pour moi tous ces gens. Ils l'ignorent cependant et je ne peux pas m'en ouvrir à eux. Je les aime pourtant et sans raison apparente. Le naufrage de l'âge les avait éloignés de moi pareil à l'homme qui se noie au milieu d'un océan de larmes. Mais voilà que je nageais et que les profondeurs ne me tiraient plus vers le bas. Les visages comme des reflets animaient la surface et je retrouvais ma joie qui n'avait pas quitté ces eaux là. Aussi je n'avais plus peur ou tout du moins pensais sans peur à ce que d'ordinaire on appelle le malheur et qui m'avait frappé comme on frappe à la porte et j'avais ouvert mon cœur.
Et un monde s'était ouvert à moi tout pareil au monde ordinaire tout d'ordures recouvert, mais je n'aurais jeté personne aux ordures sans m'y jeter moi-même le premier éprouvant pour elles un amour fraternel. C'est l'innocence du mal et c'est celle que connaissent les gamins qui n'ont pas encore appris à faire la différence entre le bien et le mal. Et si l'on ne peut pas se libérer de le faire est libre qui n'y pense pas et je n'y pensais plus, sans doute le faisais-je encore mais avec cette innocence retrouvée. Je croyais aimer et qui sais combien je haïssais. Je souffrais de ravissements. Le mal me faisait du bien, à moins que ce ne soit le bien qui me faisait du mal. J'étais morne et incandescent. Aussi les gens, ces parents, que je voyais sombres et scintillants. Il n'y avait pas qui je ne voyais sans sa sale petite lumière incrustée dans la chair et si faible et si vive et qui en faiblissant s'avivait comme un restant de vie qui l'animait; de vie ou d'enfance ou d'innocence (du mal) par l'âge amoindri, mais perçant comme sous la cuirasse du temps.
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