J'ai tiré mon corps à bout de bras
De une à dix fois
J'en ai vu d'autres le faire mieux que moi
Plus braves plus forts, plus corps que moi
Comme Atlas condamnés à porter
Mais nous pauvres humains
Renvoyés à notre propre charge
Chargés de notre propre corps
Retrouvant en nous l'animal
L'animal qui souvent a mal
Et de l'ouvrier le repos suffisant
Pour retrouver sa force de travail
Répétant le même geste
Mais nous soumis d'abord
A la mécanique du corps
Rendons à César ce qui est à César
Et au corps ce qui est au corps
Ne reconnaissant ni Dieu ni maître
Comme statues non de pierre
Mais de chair et de muscles
Erigées à la gloire du corps
Il n'y avait pas de miroir
Il faisait presque nuit noire
Personne ne cherchait à se voir
Ni à se parler
L'animal social
fait du sport en salle
Étions rendus au corps
Et le corps à la rue
On aurait dit un culte barbare
On avait des gestes bizarres
sans mains qui se joignent
Ignorant tout de la prière
Et de l'âme
Homme de Néandertal
Dans ses habits de tous les jours
Et pas loin de la gare
Et pas loin de nous
Mettons à rude épreuve
On dirait qu'il souffre
Comme on souffre toujours
Quand on se pousse à bout
Et au bout du bout toujours
De l'homme il n'y a pas l'homme
Mais c'est l'animal qui sort
Comme de la tanière du corps
Ô combien l'on voudrait
Ne connaitre d'autres douleurs
Que la sienne
Ne connaître d'autres peines
Que la peine
De l'effort
Et comme lui être oublieux
De sa mort
Et vivre dans le resplendissement
Et la gloire
De sa force
A la tienne
A la mienne
A la nôtre
Ainsi soit-il
Jusqu'à la fin des temps
(Caverneux et boiteux)
Mais c'est aussi corps sans corps à partager
Corps épuisant à lui seul sa mâle virilité
Corps qui ne s'est pas rendu
A la beauté d'un autre corps
Nu mais pas encore débridé
Peut-être qui n'a pas aimé
Peut-être aimé de lui seul
Si refusant l'amour
Voué à la guerre
Du corps autre servilité
Où est-ce corps en liberté
Que ces corps dans la rue
Exerçants leurs vertus
A se mouvoir
A s'affranchir de leur poids
Entre-temps corps étranger
A la poésie du lieu et du moment
Prisonnier d'un sang bouillonnant
Cuisant de ces souffles puissants
Auprès d'arbres élagués et d'agrès
Auprès de la voie ferrée grillagée
De métalliques sonorités
D'artificielles luminosités
De voix entrecoupées
De silences bruyants
parce qu'est le corps
Dans le plein emploi de ses forces
Renoncement à l'exercice des sens
J'ai bu l'effort à ta soif de corps
J'ai nourri ton amour pour le sport
Ta récompense a mes épaules
Et à mon cou j'accroche mes jambes
Y a t-il autant de têtes coupées
Que d'êtres voués au culte du corps
Avec le street workout
Je renoue avec le rite
D'un homme qui a vu le jour
Il y a des millions d'années
Tandis qu'aujourd'hui
Sa tête est mise à prix
A Wall street (une autre rue)
Offerte comme sur un plateau (d'argent)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire