lundi 22 décembre 2025

Le Street Workout


J'ai tiré mon corps à bout de bras

De une à dix fois

J'en ai vu d'autres le faire mieux que moi

Plus braves plus forts, plus corps que moi

Comme Atlas condamnés à porter

Mais nous pauvres humains 

Renvoyés à notre propre charge

Chargés de notre propre corps

Retrouvant en nous l'animal

L'animal qui souvent a mal

Et de l'ouvrier le repos suffisant

Pour retrouver sa force de travail

Répétant le même geste

Mais nous soumis d'abord

A la mécanique du corps

Rendons à César ce qui est à César

Et au corps ce qui est au corps

Ne reconnaissant ni Dieu ni maître

Comme statues non de pierre

Mais de chair et de muscles

Erigées à la gloire du corps


Il n'y avait pas de miroir

Il faisait presque nuit noire

Personne ne cherchait à se voir

Ni à se parler

L'animal social 

fait du sport en salle

Étions rendus au corps

Et le corps à la rue

On aurait dit un culte barbare

On avait des gestes bizarres

sans mains qui se joignent

Ignorant tout de la prière

Et de l'âme


Homme de Néandertal 

Dans ses habits de tous les jours

Et pas loin de la gare

Et pas loin de nous

Mettons à rude épreuve

On dirait qu'il souffre

Comme on souffre toujours

Quand on se pousse à bout

Et au bout du bout toujours

De l'homme il n'y a pas l'homme 

Mais c'est l'animal qui sort 

Comme de la tanière du corps

Ô combien l'on voudrait

Ne connaitre d'autres douleurs 

Que la sienne 

Ne connaître d'autres peines 

Que la peine 

De l'effort

Et comme lui être oublieux 

De sa mort

Et vivre dans le resplendissement

Et la gloire 

De sa force

A la tienne 

A la mienne

A la nôtre 

Ainsi soit-il 

Jusqu'à la fin des temps

(Caverneux et boiteux)


Mais c'est aussi corps sans corps à partager

Corps épuisant à lui seul sa mâle virilité

Corps qui ne s'est pas rendu

A la beauté d'un autre corps 

Nu mais pas encore débridé

Peut-être qui n'a pas aimé

Peut-être aimé de lui seul

Si refusant l'amour

Voué à la guerre

Du corps autre servilité

Où est-ce corps en liberté

Que ces corps dans la rue

Exerçants leurs vertus

A se mouvoir

A s'affranchir de leur poids


Entre-temps corps étranger

A la poésie du lieu et du moment

Prisonnier d'un sang bouillonnant

Cuisant de ces souffles puissants

Auprès d'arbres élagués et d'agrès 

Auprès de la voie ferrée grillagée

De métalliques sonorités

D'artificielles luminosités

De voix entrecoupées

De silences bruyants

parce qu'est le corps

Dans le plein emploi de ses forces

Renoncement à l'exercice des sens


J'ai bu l'effort à ta soif de corps

J'ai nourri ton amour pour le sport

Ta récompense a mes épaules

Et à mon cou j'accroche mes jambes

Y a t-il autant de têtes coupées 

Que d'êtres voués au culte du corps

Avec le street workout

Je renoue avec le rite

D'un homme qui a vu le jour

Il y a des millions d'années

Tandis qu'aujourd'hui

Sa tête est mise à prix

A Wall street (une autre rue) 

Offerte comme sur un plateau (d'argent)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire