C'est le corps qui nous manque. C'est le corps qu'on a plus. L'esprit on l'a autant qu'on y pense. Que crois tu qu'ils voulaient toucher en posant la main sur ce cercueil en bois de pin, imposition rituelle certes, mais c'est le corps à travers lui qu'encore ils voulaient toucher.
On voulait aussi le voir tant qu'on pouvait encore le voir. Après il restait les photos et l'envie de voir les photos où apparaissait le défunt, le corps du défunt non pas l'esprit du défunt, mais le corps, sa photo qui le matérialisait encore, le rappelait son esprit à l'esprit de tous.
Qu'il repose en paix qu'on disait, mais on aurait préférer lui faire la guerre où l'amour qui sont les deux choses qu'on lui fait au corps sur terre, pour l'aimer et pour le tuer. Non, on ne pouvait plus s'en prendre au corps et c'était une grande peine partagée par tous.
On dit que ce qui compte ce n'est pas tant d'avoir un beau corps qu'une belle âme, eh bien! j'aurais de loin préférer que ce soit cette belle âme que l'on enterre là et rester avec ce beau corps qui n'était plus et voir ce beau visage et ces beaux yeux qui s'étaient refermés.
De tout mon corps je les aurais aimé et j'aurais vendu mon âme pour le posséder encore ce corps. Mais ce ne sont plus que deux âmes qui s'aiment autant que deux âmes puissent s'aimer et permettez moi d'en douter, mais le corps n'a plus rien à voir dans l'affaire.
On dit: "loin des yeux loin du cœur" et c'est à ce corps qu'on est plus près de revoir qu'on pense. Quant à la belle âme elle s'est envolée si l'on croit qu'après la mort du corps elle s'en détacherait, alors elle s'en détacherait comme s'en détacherait la nôtre qui ne le verrait plus.
Oui! tout tient au corps. L'amour est aussi chevillé au corps que la vie. Et c'est tout deux qui nous quitte. Et c'est tous trois qui nous quittent avec le corps, avec le corps du défunt le corps du défunt et la vie du défunt et l'amour du défunt.
Qui reste n'a plus rien et se lamente de la perte: il pleure un corps et ne pleure pas qu'un corps. Alors il dit un nom, un nom au pouvoir évocateur, et c'est le nom de la personne et c'est toute la personne qui lui revient mais en pensée, en pensée seulement et c'est bien triste.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire