dimanche 29 juin 2025

Civilisation et privation


Ce que j'ai pu observer dans ma courte vie, et je la dit courte parce que je la voudrais plus longue, c'est que toute mon évolution personnelle et en elle je vois celle de toute l'humanité comme en celle de toute l'humanité je vois la mienne et parce que trop courte aussi la voudrait plus longue, est le fruit de la privation. A ce titre je crois bien que civilisation et privation soit synonyme.

Et le reproche que je pourrais me faire est de n'avoir pas su me priver assez: y avait-il de la nourriture que je me jetais dessus, sur les femmes j'aurais fait de même, j'entends avec le même appétit, et en cela je pourrais déjà dire que les femmes se refusant à moi, et par la privation que j'en ai eu, ont contribués à mon évolution. D'autres privations ont été le fait de la société dans laquelle je vivais et la place que j'y avais.

Cependant si la privation n'est pas de son fait elle ne répond pas à une intelligence et volonté de qui se sachant être ce qu'il est voudrait être meilleur et pour autant ne le devient pas non plus tout à fait; c'est pourquoi il faut entendre que les sociétés civilisés regorgent de sauvages trop bien nourris tandis que dans les pays où l'on compte des peuples dit primitifs il y a plus de civilisés qu'on ne pense.

Et ce serait par cet effort que nous ne faisons plus et qu'ils feraient alors sur eux mêmes. Je ne suis pas sans penser aux canaques de Nouvelle Calédonie et en particulier à mon ami Cimutru Joseph qui est devenu directeur de trois écoles à Maré tandis que je devenais chômeur en région parisienne. Certes, j'appris que beaucoup de canaques finirent plus mal que moi pour avoir rejetés comme moi notre société civilisée. 

Mais sans aller plus loin que l'Espagne et chaque été dans un petit village du bord de mer au fin fond de l'Andalousie où j'étais dans les années soixante le petit français et c'était ma société et son degré de civilisation qui me faisait voir comme on me voyait, tandis qu'aujourd'hui du moins sur le plan du développement économique et politique l'Espagne a rattraper la France.

Mais surtout les enfants avec qui cet autre enfant que j'étais jouait, et parmi eux je peux compter Alfonso qui était fier d'avoir un ami français qui pouvait lui en apprendre la langue si prisée alors, dont je ne pouvais pas comprendre qu'il ne fut pas toujours disponible et c'est qu'il était à l'étude qui le tenait enfermé de longues heures de la journée et sans doute aussi de la nuit jusqu'à sa licence de physique.

Dans le même temps celle que j'aimais me résistais, non pas qu'elle ne m'aima pas mais qu'elle étudiait la médecine et voulait être médecin avant que d'être ma femme. Certes, il m'eut fallu des parents et une société qui au lieu d'être répressifs m'expliqua tout cela et c'est qu'il n'y a pas de civilisation sans privation. Elle se privait de moi et je fus privé d'elle mais c'est elle maintenant le médecin et moi le bon à rien.

Inutile de se martyriser sur le tard, c'est plut tôt qu'il aurait fallu y penser, mais encore aurait-il fallu que je sache à quel point la civilisation chrétienne est celle de la privation, du sacrifice; le martyr n'est-il pas ce petit génie qui n'aura pas d'enfance. Que je n'ai pas eu non plus d'enfance, voire de jeunesse, c'est pour en faire partie malgré moi de cette société de la privation qui est la société civilisée.

Comme on disait à l'armée "tu marches ou tu crèves" dit la société (dite) civilisée à l'homme (dit) civilisé quand déjà comme Jean Jacques Rousseau j'aimais le bon sauvage sans savoir cependant qu'en lui comme en tout homme il y a l'amour de la civilisation et le goût de la privation. Mais la société ne le dit pas assez ou assez fort ce qu'elle est, qu'elle est la société de la privation.

Elle laisserait plutôt entendre qu'elle est la société de la consommation, pour ne pas dire de l'abondance. C'est aussi que plus que l'intégrer et c'est ce qu'elle exige de tous mais fait mal et c'est par la force; il faudrait avoir en nous intégré la société ce qui n'est pas donné à tout le monde sinon à ceux que privilégie ou favorise le milieu, la naissance, mais aussi et seulement l'intelligence et la volonté.

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