J'allais tuer cette fourmi comme j'en ai tué tant d'autres ces derniers temps mais j'avais tué des fourmis et non pas une fourmi, il y avait aussi qu'elle portait une mie de pain: je ne pouvais pas tuer celle qui apportait une mie de pain à la fourmilière.
C'est que je n'avais pas tué complètement l'être social en moi. Je pris alors conscience de combien il était tout aussi important de ne pas tuer l'homme (ce que la société s'applique souvent à faire) qu'à l'homme de ne pas tuer l'être social, procédé tout aussi destructeur l'un que l'autre.
Tayeb en disant que c'est sacré ne m'avait pas arrêté dans mon carnage de fourmis mais seulement rappelé les petits canaques qui n'avaient pas non plus voulu que je m'en prenne, et je ne sais plus si c'était à des fourmis, mais allant sur un rocher qu'ils disaient aussi sacré.
Non ce n'est pas le sacré qui arrêta mon geste "meurtrier" mais l'idée de sacrifice: cette fourmi n'était pas en train de manger mais de rapporter le manger à la fourmilière au risque et péril de sa vie.
J'aime cet idée de Levinas que l'on peut être appelé par le visage d'autrui mais de là à penser que ce peut être celui d'une fourmi. Nietzsche aurait été appelé par celui d'un cheval, c'est tout de même mieux, quoique encore folie, et que penser de Kafka et le cafard dans la Métamorphose.
Morale de l'histoire, le visage d'autrui peut être celui de l'infiniment plus grand mais aussi de l'infiniment plus petit. Dans les deux cas il est souvent et longtemps pris par nous pour dérisoire.
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