Sur tout sujet à aborder avec sérieux il devrait être fait l'état de la question (d'après la docte université) mais je les aborde comme ils me viennent qui est comme on aborde la vie: comme elle nous vient, et on ne pourrait dire pour autant qu'on l'aborde avec moins de sérieux mais plus de naturel. Je pensais à l'homme parce que je n'arrête pas de penser à l'homme qui pourrait être une femme, c'est-à-dire pas forcément moi, bien que par quelques côtés l'on puisse aussi dire de moi que je suis une femme, et je l'accepterais bien volontiers et mieux que beaucoup d'hommes d'être une femme quoique je le serais un homme toujours et beaucoup plus que d'autres et à mon corps défendant beaucoup plus que d'autres et qui est celui d'un homme toujours à se défendre des femmes; quant à ce qui est de mon esprit il peut en être autrement si l'on en croit ce que l'on dit et qui est que femme varie car la variété de la nature trouverait son corollaire dans la variété de la nature humaine en générale et dans la mienne en particulier. Le dogmatisme serait plus le fruit du discours cet artifice que celui de la nature jamais pareille à elle-même et susceptible de toutes les métamorphoses.
Mais l'homme ce bâtard procéderait tout autant de la nature que de la société et de son discours et de ses dogmes ou vérités, ça pour le côté négatif; maintenant dire que la nature n'a que du bon et la société n'aurait que du mal relèverait plutôt d'un esprit manichéen et dogmatique que ductile comme la femme, comme la vie, comme moi même étant fait non pas de bois (sinon de celui du roseau pensant) mais de ces métaux qu'on pourrait tordre de la main sans jamais qu'ils ne se rompent. Cependant, n'en étant pas moins homme, je peux suivre quelque instant le fil d'une pensée sans qu'elle ne se perde dans les méandres de ses contradictions qui sont autant de nuances comme il peut y en avoir dans les couleurs ou les odeurs ou les humeurs, parfums de la vie.
J'aime cet homme que je ne suis pas: élégant, bien mis, ne disant jamais un mot plus haut que l'autre, sa maîtrise allant de pair avec son maintien; aussi fin par l'esprit que d'une grande sensibilité, d'une culture non moins grande que d'une vive intelligence car c'est à tort qu'on dira de lui: mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine, car plus qu'à son remplissage a contribué à son édification, à sa structuration, toute son éducation. Le fruit de l'éducation française semblait avoir porté à son plus haut point ce type d'homme. Qu'on l'eut alors préféré au peuple — non seulement indigent mais grossier, c'est-à-dire indigent et rustre par l'esprit et pas seulement par le corps, miséreux en tout et pour tout, constituant alors à part entière deux classes sociales: l'une que tout privilégiait: le corps et l'esprit, l'autre que tout défavorisait: le corps et l'esprit — c'était répondre à un élan tout aussi naturel que de mépriser l'une et ce qu'il y avait de l'une en soi (plus qu'en les autres) et de tendre de toutes ses forces vers l'autre (aspiration on ne peut plus naturelle).
Mais je vois comme vous pouvez le voir Trump au pouvoir (et l'arrivée en France d'un Trump au pouvoir ne saurait tarder) et beaucoup d'en parler comme le représentant d'une classe, mais de quelle classe parlent-ils? S'il n'y a plus de classes, si Trump n'a aucune classe, et représente plutôt l'abolition des classes ou son nivellement par le plus petit dénominateur commun: l'argent. C'est du pouvoir à l'état brut. Sans éducation. Sans sophistication. Sans non plus grande légitimation: se moquant à la fois du savoir comme du droit qui était tout ce qui légitimait le pouvoir jusque-là. Et je ne vais pas pleurer sur cette société pas plus que sur aucune société (car aucune n'a favorisé les miens) mais sur ce qu'elle a fait de l'homme et sur ce qu'elle montre comme homme, c'est-à-dire la représentant, car si je ne veux pas de cette société c'est parce que je ne veux pas de cet homme là qui en serait le produit, je ne veux pas de ce bâtard là bâtardisé par la société, de son avatar, de cet déchéance, qui n'est pas tant déchéance de la nature que de la société.
Mais revenons sur l'état de la question bien que nous ayons débordé de la question et délaisser l'état qui n'est autre chose que de le laisser en l'état pour nous intéresser davantage à l'homme, à l'état de l'homme plus qu'à l'état de la question, et encore moins à l'état tout court parce que comme dit précédemment il n'y a pour moi que l'homme qui existe, le reste est fiction, discours, dogmes ou vérités, c'est-à-dire n'existent pas sinon dans la tête de l'homme. Si l'on considère par ailleurs qu'il n'est rien qui n'ait jamais été dit ou écrit à quoi bon après avoir rassemblé tout ce qui a été antérieurement dit et écrit sur la question, ce qui est faire l'état de la question, en rajouter, car on ne saurait alors et justement prétendre avoir quoique ce soit d'autre à y ajouter, c'est une gageure que seul peut tenir qui n'aurait pas fait l'état de la question, d'où il faut savoir que c'est plus souvent en ignorant qu'en savant qu'on écrit.
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