lundi 16 décembre 2024

Le condamné à mort


Il pensait au condamné à mort mais il pensait aussi que nous sommes tous condamnés à mort. Il pensait au condamné à mort à qui l'on demandait ce qu'il voulait bien que l'on fit pour lui et qu'on le ferait, puis qu'ensuite on ne le laisserait pas seul mais l'accompagnerait à la mort. Il pensait aussi au condamné à mort qu'on laisserait plutôt mourir tout seul dans une froide chambre d'hôpital, froide parce que sans chaleur humaine, parce qu'on ne l'accompagnerait pas à la mort, à qui on ne servirait pas un dernier repas qui fut à son goût, encore moins une cigarette, fut-elle la cigarette du condamné, qui ne verrait pas nos visages, qui n'entendrait pas nos voix, qui serait seul livré à la mort parce que nous ne serons pas là avec lui au moment crucial, décisif, capital; et il se demandait ce qu'il avait fait pour mériter telle condamnation puisque celui qui avait tué et plus que lui et au nom de ses méfaits devrait être résigné à mourir voyait sa mort accommoder d'un régime plus doux, et quoique tout aussi radical moins médical, plus humain.

On dit des mexicains qu'ils célèbrent la mort, qu'ils font la fête le jour de l'enterrement, mais il n'en demandait pas tant, ce qu'il voulait par contre c'est que l'on ne fit pas une tête d'enterrement devant le mourant: pas de cris, pas de larmes, pour celui qui quitte cette terre dont on dit par ailleurs que c'est une vallée de larmes, plutôt un visage doux et calme, presque souriant, car la mort au mourant sourit, n'est-ce pas en tout cas ainsi qu'au Mexique les masques (calaveras) des morts la représente, souriante. Si cela ne nous rend pas joyeux que quelqu'un meurt nos pleurs pas plus que notre peur ne réjouirons non plus le cœur du mourant. Mais le moment est grave direz-vous et les mexicains feraient preuve de légèreté. Comment accueille t-on cependant un nouveau-né car c'est le même moment: c'est le moment du passage. Aussi celui de la présence et pourquoi pas de l'assistance, d'un peu d'assistance sans trop d'insistance, seule témoignage de notre légèreté, que nous savons aussi nous faire léger, nous soustraire à la loi de la gravité.

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