La nature semblait avoir si bien démarquée les genres par cela qui tient au sexe qu'il ne pouvait que s'étonner que la confusion tint au sexe, c'est-à-dire à cela même qui les distinguait: qu'un homme ayant un sexe d'homme put se croire et se penser femme dépassait donc son entendement. Il était lui il est vrai un homme simple si l'on entend par là un homme qui soit simplement un homme et rien de plus. Car au début il faut bien le dire, il pensait, et il ne devait pas être le seul dans son cas, qu'un "Trans" était un homme qui serait aussi une femme. Et il en serait aussi resté là si ses collègues n'avaient aimé de nuit au bois de Boulogne arrêté la voiture de service et que perchée sur de hauts talons, présentant au balcon une poitrine avantageuse, ne s'était approchée une créature aussi divine qu'ambiguë, sans qu'il ne puisse vraiment savoir d'où cette ambiguïté procédait car il l'eut dit femme, et ses collègues voulaient en tâter les chairs opulentes quand lui vint la malencontreuse idée de s'en plaindre car sa voix était celle d'un homme, puis son sexe quand ses collègues voulurent le toucher, mais il se trouvait que là où il devait y en avoir un ils ne trouvèrent rien ou à peu près rien. Son premier "Trans" l'amena alors à réviser sa définition toute théorique du "Trans". Ce n'était plus un homme qui serait une femme mais plutôt une femme qui serait un homme, car c'est ainsi qu'elle leur fut révélée à lui et à ses collègues, du moins à ceux qui mirent le doigt sur un sexe opprimé, le sexe opprimé pouvant désormais aussi bien être celui d'une femme que d'un homme.
Le bois de Boulogne était maintenant loin derrière lui, aussi que ces années de son existence ou tout lui apparaissait si simple et si naturel. Mais cette simplicité ne devait pas être davantage dans la nature que dans sa nature parce que très vite il fut lui-même saisi d'idées en apparences saugrenues mais qui finirent par semer le doute et la confusion dans son esprit, qui au début d'une grande clarté, presque lumineux, s'obscurci avec le temps et le trouble qu'en lui le temps jetait. Pourquoi avoir pensé un jour, il ne se rappelait plus quel jour, mais c'était un jour mémorable, où l'avait frappé la ressemblance d'un frère et d'une sœur, que le frère était plus femme et la sœur plus virile, que la nature n'avait pas bien fait les choses et que peut-être il faudrait lui apporter quelques corrections; que maintenant certains prennent ce risque qu'on dirait contre nature mais c'était penser que la nature faisait bien les choses, ce dont il n'était plus tout à fait sûr, comment leur en vouloir. Une autre fois, un autre jour, un petit bout de cuisse qui s'était montré à lui avait suffi pour le mettre dans tous ses états. Etats dont il eut honte. Horreur! désolation! quand il se rendit compte que le petit bout de cuisse en question appartenait à un homme. Puis il se consola de sa méprise en se disant qu'heureusement qu'il existait la femme pour que l'on puisse aimer les cuisses puisque c'était le simple fait qu'elles appartinssent à une femme qui nous les fissent aimer, ou du moins qui nous y autorisa, à les aimer.
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