L'accès directe à la connaissance des femmes lui était empêché par je ne sais quoi qui tenait à sa personnalité. J'entends non pas qu'il ne put les approcher mais en saisir la nature. Tout jugement qu'il pourrait porter sur elles serait fait de trop d'à priori parce que fait de trop peu d'expériences, les premiers venant combler le manque de ces dernières. Il lui aurait fallu avoir avec elles une plus grande familiarité, a commencer par avoir eu des sœurs, une mère; or il n'avait pas eu de sœurs et sa mère était une mère absente, absente en tant que mère, sans doute pas en tant que femme, mais ce n'avait pas été non plus pour autant, et comme on le dit trop souvent d'une mère, sa première femme, mais alors n'ayant pas eu de première femme comment pouvait-il en avoir d'autres? Cependant il en avait eu d'autres qui avaient été comme une mère pour lui, celle qu'il n'avait pas eue. Cela aussi pouvait l'induire en erreur quand il jugerait des femmes et les condamnerait seulement en considération de si elles avaient été une mère ou pas pour lui.
Par contre il comptait parmi ses amis de fins connaisseurs des femmes dans le sens où ils avaient eu des sœurs et une mère et dont cette tendre et précoce familiarité avec les femmes s'était poursuivie à tous les âges de la vie, ne s'était pas raréfié avec le temps. Par eux il pouvait donc avoir une connaissance indirecte des femmes, leur riche et long commerce avec les femmes aurait fini par les rendre un peu femme à leur tour. Et en effet ils les voyait comme moins abrupts que lui dans leurs jugements, surtout dans leurs jugements sur les femmes, aussi que moins clairs pour ne pas dire toujours un peu ambigus et c'est volontiers qu'il accorderait cette nature aux femmes. Les femmes n'auraient pas été sans influence sur eux tandis que comment l'auraient-elles été sur lui qui ne les avait pas beaucoup fréquentées.
Oui, bien qu'étant homme ils étaient un peu femme et ceci malgré qu'ils attachent beaucoup d'importance à leur virilité parce qu'ils ignoraient combien cela avait rapport aux femmes, aux femmes plus qu'aux hommes, si l'on considérait par ailleurs le peu d'importance que lui qui était un homme sans femme accordait à la virilité comme attribut de l'homme. Cela ne valait que dans le rapport homme femme, il fallait donc avoir des rapports avec les femmes pour que cela eu une valeur, et cette femme par conséquent ne pouvait pas être une mère, et faisant cela ne faisait pas substitut de mère. Alors ce que l'on prenait le plus pour le propre de la masculinité était ce qui se devait plus ou en partie à la femme. Les femmes ne semblaient en effet n'avoir jamais fait grand cas de sa virilité et lui par conséquent sentir sa virilité comme bien entamée pour ne pas dire impuissante, pour le moins non fonctionnelle, avec les femmes.
C'est encore là ce qui le différenciait de ses amis. Mais il ne voulait pas parfaire la connaissance de ses amis sinon des femmes à travers ses amis qui étaient ceux qui en s'y approchant le plus et le plus souvent étaient ceux qui en approchaient le plus, le plus d'être femme. Paradoxalement c'est ce qu'ils auraient dit de lui comme que c'est une femme forte qui lui fallait, une femme qui dans leur esprit était plus proche d'être un homme, tandis qu'eux forts de leur virilité rechercheraient une femme qui soit femme, pour ne pas dire faible. C'étaient des mâles dominateurs. Mais ils ne savaient pas combien les femmes avaient fait d'eux des mâles dominateurs. Les femmes elles mêmes l'ignoraient, comme elles ignoraient leur rejet du faible. Cette ignorance commune voulait dire que ce n'étaient ni les uns ni les autres qui avaient fixé les règles du jeu qui était ce rapport entre hommes et femmes sinon la société. Ainsi l'on pourrait dire que les femmes avaient rendu ses amis plus sociables. Ainsi il était entendu que la sociabilité passait par les femmes. Pour lui cependant les hommes et les femmes passaient par la société comme le grain passait par le moulin avant de devenir farine et de faire du bon pain.
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