On part toujours de la société pour expliquer la vie de l'homme comme si l'homme était un crabe et la société un panier de crabes, l'homme dans ce panier de crabes s'agitant, l'image est forte et pas pour me déplaire, mais ce serait dire que c'est la société qui enserre et limite et définit le comportement de l'homme quand c'est pourtant l'homme qui a fait la société et non la société qui a fait l'homme. Bien que la société ne soit pas sans avoir en retour d'effets sur l'homme, ne soit pas sans le conditionner, on peut espérer que ce soit toujours l'homme qui fasse société et non pas la société qui fasse l'homme. On partira donc ici, à l'inverse de toutes les études sociologiques qui elles partent de la société, de l'homme et sa volonté de toute puissance qui est volonté d'exister pour expliquer la société parce que croire que dès que l'homme s'est mis en société il cesse d'exister en tant qu'homme est un leurre dans lequel sont tombés toutes les idéologies et utopies qui ont voulu en quelque sorte faire la société sans l'homme, aussi ceux qui se mettent en couple n'abdiquent pas comme on pourrait le croire de leur part d'existence et s'il y a alors un dominant et un dominé c'est bien seulement d'une question de degré d'existence qu'il s'agit. Il faut savoir d'emblée que ce n'est pas la société qui veut affirmer son existence sur l'homme mais bien toujours l'homme qui veut affirmer son existence sur un autre homme par cette volonté de toute puissance qui est en lui. Disons que la société ne veuille qu'arranger les choses. Rendre la vie humainement possible. Et pour qu'ils ne se dressent pas éternellement les uns contre les autres, ce serait un véritable et permanent carnage, les hommes feraient société, s'uniraient, feraient front commun, parce qu'ils ne feraient en effet que reporter leurs rivalités (qui est révélatrice de leur toute puissance d'exister) sur d'autres hommes également unis contre un ennemi commun, d'où l'existence des guerres dont l'humanité n'arrive pas encore à se défaire. Il y a cependant dans la société une tentative de déplacer ces luttes fratricides à un niveau symbolique. On voudrait, on n'aimerait, n'avoir plus à tuer l'autre tout en continuant à affirmer fortement son existence sur lui. Un joueur d'échecs pour qui l'échec et mat est une mort symbolique puisque perdant sa partie il peut rejouer ne peut mieux le comprendre. Aussi les hommes qui connaissent beaucoup d'échecs dans leur vie continuent a exister, la société le leur permet, mais à un degré d'existence bien inférieur à ceux qui n'ont connu que des victoires, à ceux dont la vie est couronnée de succès.
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