Et si la vie l'avait beaucoup éloigné de lui et qu'il était devenu ce qu'il était très loin d'être, qu'il ressentait parfois bien qu'obscurément être en lui, l'être véritable, aurait-il dit à défaut de mieux. Il pouvait seulement appréhender cet écart entre lui et l'autre, car il pouvait bien en parler maintenant comme d'un autre, et qu'à de très rares moments, car le trompait ce personnage qui se faisait passer pour lui et dont il relevait alors toute l'imposture. Seulement il avait pris le dessus sur lui et plus moyen de s'en débarrasser dans une de ces crises identitaires comme on peut en avoir adolescent et qui est quand on se défend encore de devenir ce qu'on va devenir. Il lui en resterait comme une profonde nostalgie, ce vague sentiment qui s'attache non pas tant comme on le croit à ce qui a existé mais ce à quoi notre existence s'était pour un temps attachée sans vraiment le définir pour cela même que ce n'était pas encore bien défini, aurait même avorté d'être, ou se serait métamorphosé en tout autre chose qui ne répondrait cependant à rien en nous que l'on puisse appeler de nos rêves ou de nos souhaits ou aspirations a être. Il n'irait pas néanmoins jusqu'à parler de l'échec d'une vie parce qu'un être avait été mis en échec par un autre qui lui par conséquent aurait réussi non pas tant sa vie mais tout simplement à vivre à sa place, en lieu et place de l'autre mort né, qu'il dirait, si l'on pouvait lui passer l'expression. Comment dans ses conditions aussi en parler puisqu'il n'aurait jamais existé. Sans doute des virtualités d'être qui ne correspondraient pas à l'être qu'il était parce qu'animées d'une puissance ou d'une volonté d'exister trop faibles venaient encore mourir en lui, échouer en lui, et c'est ce qu'à défaut de mieux, car traduisant très mal la réalité, il appelait l'être véritable, quand il n'y aurait en fait pas plus d'être véritable que de vérité. Il fallait s'en tenir à l'existant. Le reste n'était que foutaises. A moins que la vie soit un grand écart entre cet être véritable et ce qu'elle avait fait de nous. Et il y en a qui en pourrait plus de faire le grand écart. C'est que ça leur en coûterait de plus en plus de ne pas être eux. Ça c'est si l'être véritable existait véritablement. Souvent il avait aimé pour ça, des hommes et des femmes, croyant trouver en eux l'être véritable, leur être véritable existant véritablement, mais non, de là sans doute aussi le désappointement de tout un chacun avec tout un chacun ou tout une chacune, de constater qu'eux aussi faisaient le grand écart pour exister parce que l'être véritable ne pouvait pas exister véritablement, pas davantage en eux qu'en lui. Quelle déception la relation humaine, si on cherche la vérité de la relation, si on cherche l'être véritable, car tout bonnement il n'existe pas, il faut se rendre à l'évidence. Pourtant il avait bien failli… Oui, mais faillir c'est manquer d'être. Encore une fois: jamais il n'avait été. Y aurait-il cependant un absolu de l'existence qu'on ne rejoindrait qu'en rejoignant l'être véritable ?
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