Vous étiez tous à votre fenêtre vous rappelez vous, moi je m'en rappelle encore. Il fallait qu'on vous voit. Il fallait qu'on vous entende. Et vous vous faisiez voir. Et vous vous faisiez entendre. Entendez vous encore comme je les entends toujours vos applaudissements et le bruit des casseroles sur lesquelles vous frappiez avec l'énergie du désespoir. Car je lisais la peur sur votre visage aussi que la joie. Pour les infirmières. Pour le personnel médical. On vous avait convoqués à vos fenêtres. Encore je vous y vois. C'est là que j'ai pris connaissance de vous. Et de la gouvernance de la peur. Mais c'était pour la bonne cause, me diriez vous. Mais qui s'inquiète aujourd'hui encore de combien gagne et de comment vit le personnel hospitalier? Qui irait se mettre à sa fenêtre et ne cesserait ce tintamarre que quand il aurait gain de cause? Je dis personne parce que je crois à autre chose. Je passerais aussi sur cette peur et cette gouvernance de la peur qui n'est malheureusement pas, comme on a pu le voir, l'apanage des régimes totalitaires mais peut-être aussi celui des démocraties surtout quand elles décrètent l'état d'urgence. Mais parce que je ne veux accabler personne. Mais parce que je ne peux vivre sans avoir une idée plus haute de l'homme. Parce qu'il y a autre chose à y voir que la peur sur vos visages. Parce qu'il y a l'être sacrificiel. Parce qu'il y a le rituel du sacrifice. Et à vos fenêtres vous aviez renouer avec lui. Le personnel hospitalier était le personnel qui allait au sacrifice. Et vous vous ne faisiez que l'encourager à y aller. C'était comme une haie d'honneur que vous lui faisiez sur le chemin du sacrifice. Au fond de vous vous avez toujours su qu'il fallait qu'il y en ait qui meurent pour que d'autres vivent. Et en cela toujours vous avez collaborés avec tous les gouvernements de la peur qui sont les gouvernements de l'être sacrificiel et des rituels du sacrifice. Aussi le personnel hospitalier était votre héro, mais il fallait pour cela qu'il mette sa vie en péril. Aussitôt qu'il a cessé de le faire il a cessé d'être votre héro. C'est pourquoi je comprends aussi que vous vous soyez détournés de lui. C'est sa condition de héro, d'être sacrificiel, que vous avez saluez à votre fenêtre. Qui aurait cru que c'était la condition ouvrière. Ou même la condition humaine tout court quand vous les aviez élevez au-dessus. Et maintenant ils en sont simplement retombés. Oui si je revois votre peur ne croyez pas que je n'ai pas aussi vu votre joie supra humaine, c'est-à-dire votre ferveur. Mais elle allait au sacrifice. Et je vous le dit tout de go: j'en ai marre qu'on envoie toujours les mêmes au sacrifice. Et je vous le dit tout de go: je n'étais pas ces jours-là à ma fenêtre.
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