jeudi 4 juillet 2024

L'autre moitié


Je pense à l'autre moitié de l'humanité que j'ai commencé a aimer en aimant ma mère. Je la vois toujours qui accompagne les enfants. Mais comme elle s'est éloignée de moi maintenant. De moi comme de tous ceux avec qui elle n'a pas choisi d'avoir des enfants ni même de les concevoir. C'est un grand trouble qu'elle a jeté en nous autrefois. Pour cette même raison là qui en fait ne tenait pas tant à nous, l'aurions nous cru alors, qu'aux enfants. Les enfants s'ils ont été aimés s'en rappellent encore comme ceux qui n'ont pas été aimé ne peuvent pas non plus l'oublier cette moitié de l'humanité parce qu'eux aussi d'elle sont nés. Ils peuvent seulement regretter de ne pas l'avoir assez connue ou assez mal connue. Priver de mère ils ne pouvaient ensuite qu'être privés de femmes. Mais ces hommes livrés à eux-mêmes ne sont ainsi plus livrés aux femmes. Car c'est chaque jour un peu plus à ce spectacle que je pense assister en tant donc que spectateur et non pas qu'acteur. L'acteur pense avoir le beau rôle. Sans doute. Mais c'est le spectateur qui est à la bonne place. Le spectateur qui ne conçoit cependant pas un spectacle sans femme. Le spectateur qui va bientôt quitter la salle. Chez lui il sera sans femme. L'autre moitié de l'humanité n'a pas franchie le seuil de sa porte. Qu'il se dise alors qu'il a un chez lui. Qu'il peut se vanter lui d'avoir un chez lui. Pas les autres qui ont une femme. De même peut se dire la femme qui n'a pas un homme chez elle, qu'elle a un chez elle. Mais ce qu'il ne saurait lui plus dire c'est si l'on peut encore parler d'habiter ensemble, et pas plutôt de cohabiter avec l'autre moitié de l'humanité, tellement les différences de genre masculin et féminin qui d'un côté par un souci d'égalité tendraient à s'effacer, d'un autre côté par un souci d'indépendance tendraient à se démarquer. Ce ne serait plus que deux mecs qui se disputeraient un même territoire. Quand la demeure était la demeure de la femme et des enfants de la femme. Quand l'homme était au travail. Ce temps est révolu. Révolution dit la femme. Révolution qui rimerait avec libération. J'apprends alors que l'autre moitié de l'humanité aurait été prisonnière, qu'une moitié de l'humanité aurait mise l'autre en prison en la mettant et en l'entretenant à demeure. Que le geôlier c'était l'homme. Que mon père était le geôlier de ma mère. Et je pleure. Et je ris. Comme on pleure et on rit d'un spectacle qui nous a bien plu et qu'on ne reverra plus.

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