samedi 29 juin 2024

Le monde de la pensée


Il y a peu de pensées qui me veulent vivant et celles qui tiendront le plus de moi sont celles qui tiendront le moins à moi. C'est que le monde de la pensée est un monde étranger à l'homme, à la condition de l'homme, à la nature de l'homme. L'homme n'a pas attendu de penser pour exister. Le "Je pense donc je suis" peut-être remis en question par tous ceux qui sont et ne pensent pas. Le "Je pense donc je suis" dit donc seulement à quel point l'homme est fier de penser, preuve que cela ne lui ait pas donner sans efforts, l'homme apprécie ce qui lui coûte et penser est de ce qui lui coûte le plus. En ce sens on dit que le cerveau est paresseux ou partisan du moindre effort car il s'épargne autant qu'il peut dans la tâche qu'on lui demande de faire, d'où par exemple la création d'automatismes quand on lui demande de réaccomplir les mêmes tâches, ce qu'il fait alors "sans réfléchir" qu'on dit. L'homme aurait été amené à penser poussé par la nécessité. Mais on parle aussi de fruition de la pensée. Qui n'a pas en effet éprouver un certain plaisir de la pensée, et ce plaisir est d'autant plus grand quelle est gratuite. Sans cette fruition de la pensée il n'y aurait sans doute pas de créateurs. Par contre il n'est pas sûr que de l'aliment pensée l'homme ne puisse pas se passer ou que s'il s'en passerait il ne s'en porterait pas mieux. Il se trouve que le fruit défendu à l'homme par les dieux serait la pensée. Reste à savoir si ce sont des dieux bienveillants ou malveillants. Pour les dieux de la mythologie et avant l'ère chrétienne ils étaient tout sauf bon, d'où l'arrivée du "Bon dieu" comme on dit mais il n'empêche qu'au paradis il n'aurait pas fallu mordre dans le fruit. Et si l'on ne veut pas remonter si loin, à des temps mythiques, il y a cet aujourd'hui des idéologies et des querelles de partis qu'on peut se demander si elles nous aident à vivre. Mais, paradoxe, dans ce monde dit matérialiste c'est notre part la plus immatérielle que l'on revendique le plus fort, ici encore le "Je pense donc je suis", celle qui affirmerait le plus fort notre existence. Et si l'on veut se distinguer c'est encore par sa pensée. Il est vrai que les religieux appelaient à l'humilité et c'était surtout en matière de pensées. C'est un peu oublié. Mais ce qui amène à moi (ce moi qui est sans humilité) toutes ses pensées c'est l'être sacrificiel qui ne cesse de me tourmenter, l'idée que l'on serait tous voués au sacrifice, et plus que tout être le serait alors l'être voué à ses pensées, car il n'aurait d'autre existence que celle de ses pensées, car il n'existerait que dans ce monde étranger à l'homme qu'est le monde de la pensée, ce monde qui fait fi de sa condition d'homme, de sa nature d'homme. 

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