Les vacances étaient pour lui depuis qu'il était à la retraite et considérait par là même que sa vie était sortie de cette dialectique à deux termes (aurait dit Roland Barthes) vacances-travail, les vacances des autres, ou plus précisément lui procurait cette vacance des autres qui était comme une respiration. Jamais il n'avait été oppressé, étouffé par les autres, du fait du peu de fréquentations qu'il avait tout au long de sa vie entretenues, mais plus que jamais il éprouvait ce besoin de respirer propre à l'asthmatique qu'il était, c'est-à-dire de rechercher sa respiration et il ne la trouvait jamais mieux que quand il était seul, livré à lui-même plus qu'aux autres. C'est goulûment alors qu'il respirait l'air, le supplément d'air lui semblait-il, que les autres par leurs vacances lui octroyaient. S'il n'avait penser en leur en faisant part les vexer il les en aurait remerciés, tandis qu'il se contentait de seulement noter leur absence quand il lui en faisait part comme la date de leur retour dont il se réjouissait autant. Il ne pourrait vivre sans les autres, il n'aurait su dire qu'il pourrait vivre longtemps sans les autres, il devait y avoir aussi l'air des autres, l'air des autres qui finirait aussi à la longue par lui manquer. Certes, il pensait à eux en leur absence, mais cela ne voulait en rien dire qu'ils lui manquaient, c'était aussi une autre façon qu'il avait contractée depuis longtemps de vivre avec les autres, c'était comme vivre avec les autres sans les autres, et elle lui était bénéfique, et elle était bénéfique à leur relation, il le savait. Elle donnait aussi comme une respiration à leur relation. Le moment des retrouvailles. Non, lui dirait plutôt comme Fray Luis de León: "Como decíamos ayer" (comme je disais hier) a ses amis, c'est-à-dire qu'ils reprendraient leur relation comme si de rien n'avait été, qu'il n'y avait pas eu comme une respiration encore moins un hiatus entre eux, et cela était dû au fait qu'ils avaient été toujours présent en lui. Depuis l'enfance qui l'avait séparé de ses parents il avait pris l'habitude de garder longtemps les gens présent en lui de sorte qu'il n'en sentait presque pas l'absence. Il aurait pu aussi parler d'une présence dans l'absence et que cette présence lui serait aussi nécessaire que l'autre, la virtuelle que la réelle. Encore une fois il ne fallait pas non plus que ce soit trop long sinon l'image virtuelle avait du mal à recoller à la personne et leur superposition quand la personne se retrouvait en face de lui pouvait troubler la relation et c'est là qu'intervenait ce temps d'adaptation ou de réadaptation qui pouvait être délicat et douloureux. Toujours se faire à la réalité. En ce sens il aimait cette expression populaire: " il faut se le faire celui-là" Il y avait en effet des gens auxquels il était plus difficile que d'autres de se faire et c'était de se faire à leur présence présence plus qu'à leur présence absence. Il avait été trop longtemps tenu éloigné des siens et n'avait plus jamais pu se faire à eux, aussi peut-être qu'à la relation trop rapprochée et trop soutenue avec les autres. Très vite il avait fait de l'asthme qui est dit-on une maladie psychosomatique et il voulait bien le croire. Il n'aurait pu soutenir longtemps une relation si elle n'avait été entrecoupée, hachée, comme sa respiration d'asthmatique. Ils se souvenait encore de son ami d'enfance Alfonso, Alfonso se rapprochait trop près de lui pour parler, et cette histoire de bulle, qu'il entrait dans sa bulle, mais pour les latins, Alfonso était espagnol, cette bulle elle devait pas exister, il ne croyait pas non plus qu'il se fut agit pour lui d'une question de bulle mais de l'asthmatique qui se sentait oppressé par cette trop grande proximité physique. Surtout qu'à Alfonso il ne le voyait que l'été, le reste de l'année il pensait à Alfonso comme on pense à un ami, et c'était à cette présence absence qu'il était habitué plus qu'à une présence présence. Sans compter qu'il pouvait y avoir beaucoup d'absence dans la présence comme il y avait beaucoup de présence dans l'absence. Il n'avait pas souvenir non plus de retrouvailles trop chaleureuses entre lui et Alfonso qui reprenaient cependant leurs activités ensemble (excursions à la Sierra Nevada) comme s'ils ne s'étaient jamais quittés et se reparlaient aussi comme s'ils n'avaient jamais cessés de se parler, on aurait dit qu'ils étaient sur la même longueur d'onde et pourraient s'entendre à des distances considérables. En fait il pourrait aussi bien dire que les vacances des autres n'étaient jamais les siennes, qu'il ne prenait jamais vacance des autres parce qu'il pensait toujours à eux.
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