Quand sa femme le quitterait pour l'au-delà il ne voudrait plus qu'une femme idéale, car jamais aucune femme ne s'était autant approchée que sa femme de la femme idéale et qu'il ne pouvait par conséquent avoir mieux qu'elle (parce qu'on ne change pas pour pire) sinon qu'une femme à cent pour cent idéale. Il ne coucherait pas avec elle. Pour qu'une femme tombe de l'autel où l'homme amoureux la place et qui est celui de la femme idéale il faut qu'il couche avec elle. On ne couche pas avec la femme idéale sans risque de la perdre, ce qui est aussi sûr que si l'on couchait avec une femme vierge qu'elle perdrait sa virginité. Certes, il la choisirait comme il avait toujours choisi parmi les femmes réelles, pour ne pas dire réellement existantes, mais cette dernière n'en saurait jamais rien qu'il l'aurait choisie. Il ne voulait pas non plus qu'elle cesse d'être elle-même. Sa femme avait un peu, et seul son caractère l'en avait préservé et c'est pourquoi il avait toujours aimé les femmes de caractère, mais pas trop changée depuis qu'ils s'étaient ensemble, et s'il y avait pas eu la maladie qui l'éloignait à chaque fois un peu plus de lui et qui finirait par l'emporter tout à fait elle serait restée assez proche de la femme idéale qu'il avait aimée en elle, parce qu'il ne crut pas que l'on pu aimer autre chose qu'un idéal, que l'amour ne soit pas lui-même idéal, et en dehors de l'idéal il n'y avait pas d'amour possible, par conséquent la préservation de l'amour c'était la préservation de l'idéal, et la préservation de l'espèce s'opposait à la préservation de l'idéal en cela que c'était la consommation (ou consumation) de l'amour, et il en arrivait à ce paradoxe qui était de dire que plus on faisait l'amour à une femme moins on l'aimait, et que cette histoire de préserver leur hymen dont on se moquait tant aujourd'hui était la meilleure stratégie féminine pour préserver aussi longtemps que possible l'amour qu'on leur portait vu, fallait-il le répéter, qu'il n'y a pas d'autre amour qu'amour de l'idéal, ici en l'occurrence que de la femme idéale, et qu'en faisant l'amour, aussi experte fut-elle la femme, elle déchoit. Don Juan est surtout en quête d'idéal, c'est un Don Quichotte de l'amour, qui du bout de sa lance les fait tomber comme des moulins à vent. Lui n'avait jamais été un tombeur de femmes et c'est parce qu'il les avait toujours beaucoup trop idéalisées. Il était temps alors qu'il se contente de la femme idéale qu'on aurait dit, mais c'est les autres qui l'aurait dit, lui il aurait dit que c'est les autres qui se contentaient de femmes déchues, à faible pourcentage d'idéal et qui ne faisait que baisser à l'usure pour ne pas dire à l'usage. Il ne voudrait plus voir ça chez une femme parce que c'était un spectacle affligeant auquel il ne voulait plus assister et encore moins participer, d'autant plus affligeant qu'il les plaçait très haut parce que c'était ça l'idéal, c'était les placer au plus haut qu'il pouvait les imaginer être, et en cela il supplanterait beaucoup d'hommes en imagination, beaucoup d'hommes qui disaient aimer les femmes et il fallait voir comment ils les aimaient. Pour lui c'était toujours du viol avec ou sans consentement parce que la femme idéale ne s'en remettrait pas, la femme idéale était proprement intouchable. S'il y avait un Dieu c'est la femme selon lui qui nous en rapprocherait le plus par cet amour qu'on lui porterait à la femme, un amour idéal, tandis que l'autre nous en éloignerait. Mais il avait jamais tenu la distance longtemps non pas avec Dieu mais avec la femme, et il pouvait pas jurer, parce que ce serait peut-être se parjurer, en disant qu'il la tiendrait maintenant la distance, une distance respectable, une distance adorable, parce qu'y avait qu'à cette distance qu'on pouvait adorer la femme comme si elle fut Dieu en personne. A la femme idéale il pourrait lui prêter des sentiments égaux aux siens sans craindre d'avoir à déchanter par la suite, se sentir aimé par elle autant qu'il l'aimerait à elle, sans jamais en douter, avoir en elle une foi inébranlable plutôt qu'être ronger par le doute. Et la femme serait pour lui comme Dieu sur terre là où Dieu lui même n'y mettrait plus les pieds depuis qu'il y avait perdu un fils, et son fils y avait aimé une femme sans y toucher comme on peut aimer Dieu le père, seulement en se l'imaginant. Cette force de l'imagination ça allait être sa plus grande force à lui s'il voulait persévérer dans son amour de la femme idéale. Mais sans imagination on ne peut pas aimer: le minimum d'amour n'est possible qu'avec un minimum d'imagination, les êtres dénués d'imagination qui croiraient que ça leur réussi bien l'amour ne sauraient pas en fait ce que c'est que l'amour, l'amour c'est pure imagination, c'est cent pour cent la femme idéale.
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