mercredi 22 mai 2024

Le Zeitnot


Quand le joueur d'échecs met la pendule en marche le temps a cessé d'exister pour lui. Ne le voyant plus passer il s'en remet à la pendule pour en connaître l'écoulement. Les "vieux" perdent plus facilement au temps, du moins en redouteraient plus le passage; ce qui fait sourire quand on songe qu'ils sont susceptibles en effet d'en avoir moins de temps à vivre, de temps en réserve. En vérité peu de joueurs d'échecs aiment être en zeitnot et tous s'efforcent de gagner leur partie avant de tomber en zeitnot. Se mettre en zeitnot c'est prendre le risque de tomber au temps. Le temps devient l'élément le plus à redouter quand on se met en zeitnot. Les joueurs d'échecs accepteraient plus facilement d'être mis échecs et mat que de perdre au temps. Pourtant c'est développé aux échecs la pratique des parties rapides quand c'est perdue celle des parties avec ajournement qui étaient comme un prolongement de la partie qui pouvait s'arrêter pour reprendre ensuite le lendemain. Une vie trépidante serait comme une vie en zeitnot, celle dont les "vieux" à la retraite se seraient retirée. Les "vieux" qui retrouveraient aux échecs ce stress, ce zeitnot, qui ne ferait plus partie de leur vie, mais qui leur manquerait peut-être. Ce serait comme sentir le temps, le passage du temps, sa course folle, car ce n'est plus qu'une question de secondes, quand on dit qu'on est en zeitnot c'est qu'il ne reste presque plus de temps à la pendule, qu'on va tomber au temps.

C'était avant avant hier. Je crois que dès le début de la partie j'ai joué très vite parce que j'avais peur du zeitnot, de tomber en zeitnot, que le temps vienne à me manquer, c'est un peu comme celui qui a peur de mourir; c'est marrant de penser que ce serait plutôt en fait comme celui qui aurait peur de manquer de temps pour mourir, comme on peut avoir peur de manquer de temps pour faire quelque chose, mais à bien y réfléchir il doit y avoir un peu de ça: car je me suis précipité au début de la partie qu'on appelle l'ouverture pour ne pas manquer de temps dans le milieu de jeu et en finale qui est comme la fin de la partie. Résultat mon adversaire a accepté la nulle quand je lui ai proposée et qu'il restait encore beaucoup de temps à la pendule; là c'est comme tout cet argent qu'on aurait en banque et qu'on ne voudrait pas dépenser de peur d'en manquer (vers la fin), après on meurt et il en reste encore et pas mal à la banque. Faut pas être non plus trop économe de son temps, il faut l'exploiter jusqu'au bout, jusqu'à épuisement, c'est ce que font les bons joueurs de zeitnot et de blitz qui sont des parties rapides aux échecs. Ils gèrent bien leur temps. "Time is money". Ça sert à rien de beaucoup en avoir si on le dépense pas. Le regret après ça peut être comme d'être pas resté assez longtemps à jouer, surtout si ça nous a coûté la partie de jouer trop vite, mais même si ça nous a pas coûté la partie, on peut regretter de l'avoir pas assez savourée, en fait d'avoir pas pris le temps de vivre.

ETYMOLOGIE

Zeitnot emprunté à l'allemand est composé de Zeit (temps) et de Not (besoin)

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