samedi 4 mai 2024

Je suis Zoreil et j'en suis fier


Celui qui lirait aujourd'hui Flannery O' Connor il serait choqué vu comment on y parlait des nègres et ça c'était dans le pur anachronisme où on était toujours quand on parlait des choses du passé et des gens du passé parce que les choses du passé et les gens du passé c'étaient pas les choses d'aujourd'hui et les gens d'aujourd'hui. Les nègres de Flannery O' Connor étaient morts et enterrés depuis longtemps et que Dieu ait leur âme, Flannery O' Connor elle en aurait dit autant, mais ça l'empêchait pas d'en rapporter ce qu'elle en rapportait et qui était pas bien édifiant pour les nègres mais ça l'était encore moins pour les Blancs qui aimaient pas les nègres et même pour ceux qui les aimaient parce que le ridicule selon Flannery O' Connor ça peut tuer. Bon, lui il était pas choqué parce qu'il savait que c'était pas les mêmes, que c'était avant qu'ils y soient bien entrés dans la civilisation blanche et bien avant encore qu'ils revendiquent une civilisation noire, bien avant qu'on arrête de parler d'eux comme des primitifs issus d'une société primitive et non pas d'une civilisation qui aurait sa propre culture et ses propres valeurs. Et dans le Sud de Flannery O' Connor ça dû être d'abord comme un choc des civilisations et des cultures, seulement comme on l'ignorait ou qu'on voulu alors l'ignorer qu'ils en eût une de culture, comme on la reconnaissait pas, il fallut bien qu'ils se fassent à celle des Blancs, et ça ça a pris un certain temps, c'est de ce temps là que parle Flannery O 'Connor, mais lui il était pas là pour parler de Flannery O 'Connors ou des nègres de Flannery O' Connor mais des Kanak de Nouvelle Calédonie et pour dire que les mentalités elles mettent longtemps a changer, qu'elles ont toujours un temps de retard, vu qu'on naît toujours sans rien savoir et qu'il faut à chaque fois tout réapprendre depuis le début.

Quand ils avaient débarqué son frère et lui à l'internat de Nouméa en Nouvelle Calédonie ça dû leur faire un choc aussi, quoique seulement dans l'inconscient, parce que sur le moment ils auraient dit, tellement ils étaient fiers aussi, "même pas mal", quoique leur premier contact avec les Kanak fut rude et plus rude encore en ce qui le concernait personnellement avec les Caldoches. De là sans doute que le frère l'en ait toujours eu après les noirs et les arabes et soit devenu "front nat" de retour en France, quand lui dès le début il s'était lié d'amitié avec les Kanak qui étaient les noirs de Nouvelle Calédonie, mais c'était pour les mêmes mauvaises raisons: parce qu'ils les connaissaient pas, et c'est ce qu'on voit dans Flannery O' Connor, que les Yankee ils les connaissaient encore moins les nègres que les Sudistes qui eux vivaient avec. Par contre, son frère et lui, ils avaient autant l'un que l'autre vécu avec les Kanak parce qu'à l'internat y avait pratiquement que des petits Kanak de la Grande Terre où des Iles Loyautés. Et c'était même lui et pas Bernard qui disait: "Je suis Zoreil et j'en suis fier". C'est pas sûr qu'il pourrait le dire encore qu'il savait ce que les Blancs avaient fait aux nègres. Mais il s'était beaucoup battu aussi avec les Kanak, parce que les Noirs c'est comme les Blancs y en a des bons et y en a des méchants, y en a qui sont pas racistes et d'autres qui le sont, et souvent, fallait aussi le reconnaître, ceux qui étaient racistes avaient de biens meilleurs raisons de l'être que ceux qui l'étaient pas avaient de raisons de l'être pas; mais en les battant à lui et à son frère ils leur donnaient de bonnes raisons de le devenir comme eux racistes. S'il l'était pas devenu lui c'est grâce aux Caldoches, les calédoniens blancs qui vivaient sur l'île depuis des générations, depuis le bagne pour beaucoup et qui eux aussi en avaient de bonnes raisons d'en vouloir aux Zoreils qui étaient les Blancs de France qui débarquaient sur l'île comme Bernard et lui, mais Bernard il s'était fait leur copain aux Caldoches comme du temps de Flannery O 'Connor on se serait fait le copain des membres du Ku Klux Klan, parce que les Caldoches ils étaient prêt aussi à sortir les fusils contre les Kanak pour garder l'île à eux comme les évènements devaient le montrer plus tard parce que l'histoire était en train de se faire quand ils y étaient eux; mais l'histoire avait aussi commencée bien avant eux et on leur en avait rien dit parce qu'à l'école à eux comme aux petits Kanaks et aux petits Caldoches on leur apprenait l'histoire de leurs ancêtres les gaulois, or il se trouve que ni Bernard et lui ni les petits Kanak n'avaient d'ancêtres gaulois, quant aux petits Caldoches avec leurs ancêtres gaulois ils avaient eu maille à partir. Ce qui fit que sans rien comprendre, dans l'ignorance de tout, il s'en prit plein la gueule du fait des Caldoches plus que des Kanaks parce que si tous les Kanak, et loin de là s'en faut, n'en avait pas après les Zoreils, y avait par contre pas un Caldoche de sa connaissance qui n'en n'ait pas après les Zoreils et la France et c'est justement quand il se battait avec eux qu'il disait: "Je suis Zoreil et j'en suis fier", qu'il ne savait plus s'il le dirait encore maintenant qu'il savait aussi que les Zoreil avaient envoyé au bagne les hommes et les femmes de "La Commune", que c'étaient en partie les Caldoches des descendants de "la Commune" et des rebelles d'Algérie. Mais le quotidien à l'internat n'était pas de tout repos. C'est vrai que tout ce beau monde y était comme en prison, comme jetés pêle-mêle les uns sur les autres, et pas possible d'en sortir. Y avait bien longtemps que les parents les y avait oubliés et on aurait dit qu'aussi les institutions, tout le monde au moins y était au même régime, mais c'était un régime de souffrances, mais c'était un régime amaigrissant et pauvre en vitamines et sels minéraux, parce qu'il avait fallu rajouter pour lui au menu de la cantine des cachets de sodium et potassium, parce qu'il était trop petit et trop maigre pour son âge. Bernard non plus n'était pas bien gros et avait pas l'air plus heureux que lui ou qu'un petit Caldoche ou qu'un petit Kanak, mais on dit que ça se voit moins quand on est noir, mais lui il avait appris à le voir sur Joseph quand Joseph il était malheureux. Il restera petit Joseph mais il grossira beaucoup. C'est tout ce qu'il en saura plus tard, longtemps après son retour à lui en France, et qu'il était devenu directeur de trois écoles à Maré Joseph, quand lui il allait pointer au chômage à Paris; c'est comme dans Flannery O' Connor les Blancs c'est des dégénérés qui s'étonnent de l'évolution des nègres, qui jamais auraient pensés, et c'est parce qu'on leur avait pas appris à penser autrement, et ça quelque soit leurs sentiments: bons ou mauvais envers les nègres. Joseph il avait pas voulu continuer à échanger avec lui sur Internet après s'être informé de sa situation. C'était pas comme avant quand il l'avait emmener à Joseph avec lui à Kouaoua où son père à lui et à Bernard y était directeur d'école, et ç'avait dû l'impressionner à Joseph ce père directeur d'école qui l'avait si bien reçu et sans doute lui avait donné envie d'être un jour à son tour directeur d'école, tandis qu'eux les fils qui le connaissaient mieux au père n'avaient jamais eu envie d'être comme lui. C'est marrant, mais plus on connaît les gens moins on a envie d'être comme eux. Faudrait toujours laissé une part pour le rêve et les femmes aussi jamais complètement les connaître. Joseph il s'était marié et avait eu beaucoup d'enfants et dans les contes on ajoute aussi était heureux, et il semblait heureux Joseph, ça s'entendait à sa voix qu'il était heureux Joseph quand il lui avait téléphoné, mais aussi qu'il avait pas beaucoup le temps ou envie maintenant de parler avec lui Joseph. Il était catholique aussi Joseph. La religion chez Flannery O' Connor on s'en moquait beaucoup, bien qu'au fond on y crut aussi beaucoup. Mais Joseph il rigolait pas lui avec la religion, pas plus qu'avec l'éducation et avec la coutume. Il avait lu ce mot savant de syncrétisme: il y aurait du syncrétisme chez Joseph qui voudrait rien laisser passer sans se l'assimiler. C'était un malin Joseph, ça avait toujours été un malin Joseph. Joseph il avait été aussi l'ami de Cilane Noël, et entre Cilane Noël et lui le petit Zoreil il y avait eu Wayéméné Hélène. Cilane Noël avait dit Joseph tu devrais le contacter, il vit dans une petite ville de Bretagne où il est conseiller municipal. Mais lui il voulait plutôt savoir ce qu'était devenu Wayéméné Hélène. Wayéméné Hélène (c'était la meilleure de la classe en français) sur son île à Lifou comme lui sur son île à Maré elle avait la direction d'une école ou deux ou trois rapporta Joseph, et puis elle s'était mariée et avait eu des enfants aussi. Lui le petit Blanc dégénéré il n'avait pas eu d'enfants, il n'en avait pas voulu, si c'était pour qu'ils soient malheureux comme ils l'avaient été lui et son frère Bernard, parce qu'il ne pourrait pas assurer qu'il n'eut pas avec eux ces colères que le père avait eu avec Bernard et lui. Il ne voulait pas comme disent les psy courir le risque de reproduire le schéma parental. Ils avaient un peu échangés Joseph et lui sur internet et ça se voyait que Joseph il avait évolué, qu'il en était pas resté à l'internat Joseph. Joseph il avait seulement dit, et ça montrait que ça avait été dur aussi pour Joseph l'internat, qu'à ses enfants il les y avait emmenés une fois pour qu'ils sachent, qu'ils comparent et qu'ils sachent, que ça avait pas toujours été facile la vie. Mais lui il avait pas jugé utile de lui rappeler à Joseph quand il faisait le gué à la sortie de la cantine pour que lui il puisse aller chiper du pain qu'ils se partageraient ensuite, parce que le gros à table et d'autres avant eux ils s'étaient trop servis, de sorte que quand le plat arrivait à eux il n'y avait plus rien dedans, et c'était souvent comme ça, fallait pas compter non plus sur les desserts. Mais il avait rien dit lui. Il avait compris que Joseph il avait évolué depuis, qu'il était pas resté comme lui à l'internat Joseph. Lui il était pas bien différent que le vieux Dudley dans Flannery O 'Connor "Peut-être que ce nègre connaîtrait la campagne alentour, ou qu'il saurait comment faire pour y aller. Peut-être même qu'il pourrait aller à la chasse ensemble. Peut-être même qu'ils pourraient se dégotter un bout de rivière quelque part." Il se rappelait même plus d'ailleurs si lui et Joseph ils étaient allés pêcher le crabe de palétuvier ensemble à la rivière de Kouaoua ce jour là où il y était venu Joseph et y avait vu le père directeur d'école, qu'il s'en souvenait encore Joseph à qui il apprit qu'il était mort et ça a dû lui faire quelque chose à Joseph comme quand lui il apprit que son correspondant à Nouméa Abel Wadra, qui venait parfois le Week end les sortir à Bernard et à lui de l'internat, était mort, et c'est Joseph qui finit par le lui dire, parce qu'il était de Maré comme Joseph Abel Wadra, et avait eu aussi une direction d'école comme Joseph Abel Wadra, bien que c'est à l'inverse qu'il faudrait le dire et si l'on suivait le cours de l'histoire et voudrait en finir avec ces anachronismes comme de dire: "Je suis Zoreil et j'en suis fier". 

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