dimanche 19 mai 2024

Ceux qui ne suivent pas


La Nouvelle Calédonie comme un vieux volcan qui se réveillerait de temps en temps, faisant à chaque fois l'étonnement de tous, aurait fait éruption une fois de plus, éruption tout aussi naturelle que violente, violente naturellement. Une journaliste se demandait si l'on pouvait rapprocher ces phénomènes de ceux survenant sur le continent de sorte à pouvoir se les expliquer et "éteindre le feu". Il fut convenu que le feu couvait depuis longtemps comme que depuis longtemps tous les moyens étaient mis en œuvre ce qui n'empêchait pas … C'était même la pompe a argent, précisa un confrère, qui était actionnée, sans préciser toutefois qui était arrosé en particulier. Néanmoins la journaliste fut arrêté sur la bonne voie, celle de l'impératif catégorique de Kant "Agis uniquement d'après une maxime telle que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle", en voulant trouver et répondre à une question qui se poserait à tous, mais personne ne sembla sur le plateau télévisé vouloir l'aider à la trouver cette question qui se pose à tous: qu'est ce qu'on fait de ceux qui ne suivent pas? Parce qu'en lui répondant qu'on envoyait de l'argent, si l'on voulait dire par là que la France fait tout ce qu'elle peut pour que ceux qui ne suivent pas suivent, c'était à n'en pas douter vrai, mais ne répondait pas à la question qui demeure: qu'est-ce qu'on fait pour ceux qui ne suivent pas? Comme partout ailleurs on envoie la police et puis si cela ne suffit pas on envoie l'armée. Mais cela ne semble toujours pas être non plus une réponse à la question qui ne cesse de se poser: qu'est-ce qu'on fait pour ceux qui ne suivent pas? On critique les américains et les australiens d'avoir mis dans des camps ceux qui ne suivent pas (ou ne veulent pas ou ne peuvent pas suivre). Mais est-ce mieux que de les tuer parce qu'ils ne suivent pas, parce qu'ils ne veulent pas ou ne peuvent pas suivre. Voudrait-on encore réduire leurs revendications à un droit à l'égalité parce que le droit à l'égalité au moins formellement on est tout disposé à leur accorder, il fait même parti de notre charte des droits de l'homme. Mais quand est-il du droit à la différence? Droit que seuls les américains et les australiens auraient accordés mais dans le style: " vous voulez pas suivre (vivre comme nous) et bien allés dans les camps où vous ne serez plus obligés de nous suivre, ou vous pourrez vivre comme vous voudrez" Car c'est bien ce que veulent les Kanak, les "mauvais élèves" Kanak, ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas suivre, pas vivre dans les camps qu'ils veulent mais vivre différemment; et pas Cimutru Joseph de l'île de Maré qui fut mon ami et est aujourd'hui directeur d'école à Maré ni Wayéméné Helène que j'ai aimée et est aujourd'hui aussi directrice d'école, ni mon ennemi juré Cilane Noêl de Lifou qui aimait aussi Wayéméné Hélène et est aujourd'hui conseiller municipal dans un petit village de Bretagne, ni Abel Wadra mon correspondant à Nouméa qui fut parmi les premiers d'une lignée Kanak d'enseignants et de directeurs d'écoles, ni tant d'autres qui ont réussi mieux que moi, mais tous ceux qui ne suivent pas parce qu'ils ne veulent pas suivre ou ne peuvent pas suivre. Oui, pour eux la question reste posée: que fait-on pour ceux qui ne suivent pas ? Si cela peut servir de consolation aux Kanak (et les détourner du racisme antiblancs) c'est que ceux qui ne suivent pas, peu importe s'ils ne veulent pas suivre ou ne peuvent pas suivre, on ne les aime pas davantage sur le continent que sur cette ile lointaine du Pacifique. D'ailleurs l'histoire rapporte que sur cette île furent envoyés au bagne ceux qui ne suivent pas, parmi eux il y avait des délinquants certes, mais aussi des gens qui ne voulaient pas mettre leur pas dans les pas des autres, des gens qui ne suivent pas, et ce camp où on les mettait s'appelait le bagne, et parmi les bagnards il y eut en effet les communards, et parmi les communards Louise Michel, une enseignante qui aimait la botanique et les Kanak.

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