Il est bon d'entamer la vie avec beaucoup d'illusions et d'enthousiasme qui ne pourront que peu à peu céder devant ce qui est, devenant ainsi soit même de plus en plus ce qui est, et de moins en moins ce qui est en passe d'être, quand illusions et enthousiasme tendent à se dissiper, pour se raccrocher à ce qui a été, et que l'on aimera encore se rappeler longtemps, comme pour réchauffer à leur aune nos vieux jours luttant ainsi contre le refroidissement; c'est ce que l'on dit d'un corps qu'il a été refroidi et c'est quand l'esprit l'a quitté, car La chaleur c'est la vie, et qui sait si c'est aussi l'esprit qui l'anime. Ainsi ces êtres froids et secs avant l'âge c'est ce qu'il nous glace de voir. Mais plus que l'œuvre du temps il faut y voir l'œuvre de la société. Et plus qu'une expérience intérieure il faut y voir une expérience extérieure, qui est l'expérience de la société. Voilà notre homme froid et calculateur parce qu'il lui est demandé de l'être et parce qu'il a fait l'expérience de la société. La société qui se dit être la réalité et met l'homme en demeure d'accepter cette réalité comme quand elle lui dit: "ne prends pas tes rêves pour la réalité" oubliant que ce sont en partie les rêves de l'homme qui ont fait cette réalité qui n'est autre que la société; aussi ce n'est qu'une société morte ou veille, c'est-à-dire en passe de l'être, morte, qui ne se nourrirait plus d'illusions et d'enthousiasme, autant dire de rêves, mais seulement de biens matériels. Maintenant une société qui ne pense qu'aux biens matériels et non aussi à ceux de l'esprit, oubliant cette part immatérielle d'elle même, et l'homme ne la retrouvant pas lui-même en elle, et s'accoutumant à ne pas la trouver en elle ne l'exigeant plus, est cet être froid et sec avant l'âge qu'il nous glace de voir.
Il est aussi ce vieillard lubrique contractant en noces nuptiales une jeunette de vingt ans que l'on n'accusera pas pour absence de principes ou de morale mais plutôt de penser et d'agir à l'instar de la société qui se veut éternellement jeune et qui n'est ni jeune ni vieille, quand elle n'est pas humaine. Il faut voir en notre vieillard lubrique la société faisant fi de l'esprit, et n'ayant d'autre intérêt que pour ce qui est matière à jouissance, ici charnelle. Cependant les moyens d'en jouir (de cette nature, de cette matière charnelle) s'amenuisant avec le temps notre vieillard lubrique (qui comme elle aura recourt à des moyens artificiels ici en l'occurrence le viagra) ne pourra recevoir que comme une atteinte à la vie ce qui devrait le faire sentir plus libre de l'emprise de la matière sur l'esprit, car ce qui le rend moins à même de goûter aux plaisirs du corps le rend plus à même de goûter aux plaisirs de l'esprit; s'il ne continuait à penser et à agir comme la société pour qui aucun esprit n'animerait la matière, pour qui tout ne serait plus que matière inerte, pense et agit, c'est-à-dire sans rêve, sans illusion, sans enthousiasme, car tout esprit l'aurait quitté, comme il quitte un corps sans vie il a quitté le grand corps glacé de la société; et voilà notre vieillard lubrique qu'aucune pensée n'anime et comme la société froid et lucide cherchant en la lubricité le seul moyen qu'il lui reste de se réchauffer.
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