lundi 1 mai 2023

Un modèle de vie

 

En pensant à lui il se disait qu’il n’était pas de ces orgueilleux et vaniteux qui voulaient plaire par orgueil et vanité. Il n’y avait aucune raison qu’on l’aima plus à lui qu’un autre, ni plus un autre que lui, devait-il penser, qui est tout ce que doit penser un homme sans orgueil. Et comme il ne pensait pas qu’un homme puisse plaire pour son orgueil et sa vanité ou tout autre défaut qui fut sien il ne pensait pas non plus comme on le pensa longtemps que l’on aima la vertu au point qu’il eut suffi à un homme pour plaire de se montrer vertueux : il en avait bien connu de tolérants, de généreux, de gentils (car il mettait aussi la gentillesse au nombre des vertus) qui ne plaisaient pas pour autant. Non, selon lui, il ne se prévalait de rien de quoi l’on puisse se prévaloir sur l’autre, ni de bien, ni de mal, car il ne croyait pas non plus qu’à défaut de bon l’on pu se montrer méchant, que l’on pu plaire de force, comme aussi on le pensa longtemps, ou le pensent toujours, non pas cette fois-ci les orgueilleux et vaniteux, mais tous ceux qui sont forts et par cette force pensent plaire, et plus qu’inspirer forcer l’amour des autres. Mais ce n’était pas son cas. Non, il n’y avait aucune raison, se répétait-il, qu’on l’aima plus à lui qu’un autre, ni plus un autre que lui, mais en lui la vie avant tout. Il faudrait donc plutôt, et selon cet exemple passé, à chacun pour plaire qu’il se montre être un modèle de vie, que la vie à travers lui ne paraisse ni rebutante ni difficile.

En pensant à lui il revoyait cet homme à qui il ne trouvait rien, de qui on aurait pu dire : il n’a rien pour lui ; et ce n’était pas qu’il fut déplaisant, bien au contraire, car il attirait inexplicablement (pour qui n’aurait pas compris ce qui vient d’être dit) tout le monde à lui. Mais, qui aurait cherché en lui plus de vertus qu’en un autre eut peut-être été déçu, et c’est que ce n’était pas de ce côté-là qu’il fallait chercher. Non, il n’était sans doute pas plus un modèle de vertu qu’un autre. Ce que l’on venait respirer chez lui ce n’était pas la bonté mais la vie. Il ne transpirait pas de bonté mais de vie. D’une vie abordable et facile que l’on pouvait par conséquent facilement aborder en lui. Oui, l’aimer était aimer la vie. Il n’était pas non plus de ceux qui voudraient donner aux autres une leçon de vie, mais qui apprendrait à l’aimer apprendrait à aimer la vie. Et il fallait en effet être bien méchant ou aimer bien peu la vie pour ne pas l’aimer, ne pas se sentir attirer vers lui. Et les femmes plus que tous étaient attirés vers lui comme les abeilles par le miel, ou plus précisément ce n’est pas par le miel mais par la fleur que sont attirées les abeilles, « La vie est une fleur. L’amour en est le miel. » écrivait Victor Hugo. Il se rappelait avoir vu les femmes seulement et simplement vouloir le toucher, s’en rapprocher au plus près, attirés par lui comme par un aimant ; et quelle pouvait être en lui cette force d’attraction sinon celle que la vie exerce en chacun de nous.

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