Il n’y a pas d’autres valeurs que les valeurs de la société, que l’homme peut adopter ou rejeter, adoptant ou rejetant avec elles la société, parce qu’avant d’être un être social il est un être libre qui choisit par conséquent librement d’en être ou pas de cette société. Au-dessus de toutes ces valeurs il faut mettre l’espoir comme il faut mettre l’homme au-dessus de la société (et non au-dessous comme soumis et son esclave). L’espoir, l’homme l’a comme qui dirait chevillé au corps. Tant qu’il y a de l’espoir il y a de la vie, qu’on dit, ou encore : l’espoir fait vivre. Qui n’a pas été amené sur Internet à répondre à une question et à cocher des cases pour prouver qu’il n’est pas un robot, or il est possible qu’à toutes ces questions un jour le robot soit capable de répondre et les cases de remplir à la place de l’homme, mais jamais le robot ne connaîtra l’espoir.
Voyez le joueur d’échecs que l’on apprécie davantage et qui s’apprécie lui-même davantage pour sa faculté de calcul (il y a aux échecs les combinaisons et l’aptitude à calculer de plus ou moins longues variantes), quand il est loin d’égaler en cela la machine et c’est à elle qu’il fait appel pour améliorer son jeu. Cependant, et c’est là qu’il faut en venir, jamais il le sait il ne jouera comme la machine qui est ici, en l’occurrence, l’ordinateur, un logiciel d’échecs. On pourrait dire beaucoup de choses là-dessus mais il y en a une qui me semble convenir au sujet traité.
Voilà notre joueur d’échecs qui, après avoir joué et perdu une partie, munie de sa feuille de partie reporte les coups joués sur son logiciel. L’évaluation de ce dernier donne donc dans le moins. A moins un le joueur d’échecs est déjà dans une position suffisamment inférieure à celle de son adversaire pour se voir ravir la partie, mais il peut garder espoir de gagner surtout s’il a affaire à un adversaire qui comme lui est un humain, c’est-à-dire sujet à l’erreur ; par contre la machine, elle, ne lui propose plus que des coups qui ne valent qu’en tant qu’ils vont minimiser les pertes mais sans plus chercher à gagner, considérant la situation comme déjà perdante, c’est-à-dire sans espoir, tandis que l’homme gardera lui toujours l’espoir de gagner et préfèrera jouer des coups qui bien que risquant de le faire perdre plus rapidement mettront son adversaire dans la possibilité de se tromper (l’erreur comme l’espoir sont humain au point que l’un peut se fonder sur l’autre et tous deux sur l’homme)
Notre joueur d’échecs ne peut jouer autrement qu’avec l’espoir de gagner quand la machine ne joue plus que pour perdre, car elle ne connaît pas l’espoir. Mais l’homme ne fait appel à la machine que pour gagner et si celle-ci ne va pas dans son sens il doit s’en désolidariser. Il n’est pas plus tenu à la machine qu’il n’est tenu à la société s’il sait se montrer être, vis-à-vis de l’une comme de l’autre, un homme. Il rejettera donc ses variantes perdantes et en recherchera d’autres qui soient gagnantes ou plutôt choisira parmi celles qui sont perdantes celle qui (fut-elle la plus perdante) offre le plus de possibilité de gain, pour tout dire, celle en qui il voit un espoir de gagner aussi mince soit-il. L’homme ne peut jouer autrement. L’homme ne peut vivre autrement.
CITATION.
J’avais pensé à Alain le philosophe, mais je préfère citer cette femme, une anonyme, qui dans Loin du monde, une émission télévisée, et parce qu’elle avait une vie nomade, et parce qu’elle en avait trop soupé des hommes en la personne de son mari qui était violent voulut quitter ce monde et cette société (qui est aussi violente). D’elle je retenais ces paroles : « Je voulais prendre mes propres décisions, même si je me trompais » car c’est aussi ce que pourrait dire l’homme à la machine (où à la société de la machine) : je veux prendre mes propres décisions, même si je me trompe.
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