lundi 17 avril 2023

Les institutions et la réforme

 

Une fois établie que la société court après les richesses cela pourrait encore ne pas nous déranger, voire nous convenir. On pourrait encore se dire qu’il vaut mieux qu’on y court tous ensemble plutôt que séparément. Se pose cependant alors la question du partage, de la répartition des richesses qui est bien ce qui lui est reproché à la société : son manque de justice sociale. Enfin, autant dire qu’on n’arrive pas à s’entendre là-dessus. Et c’est beaucoup plus simple d’apprécier celui qui se gratifie de son propre butin : les chercheurs d’or ou autres trésors. Dernièrement à la télé les chercheurs d’opales. Le rêve américain. L’homme libre. Qui n’aurait de compte à rendre à personne. Plus près de nous celui qui cultiverait son petit lopin de terre. Indépendant. Et c’est en ce sens qu’on parle encore des professions libérales. Et pour cela aussi qu’on se plaint de l’Etat. Cet empêcheur de vivre. La vie à laquelle on se réfère est celle de l’homme libre et indépendant. Pourtant il faut bien considérer qu’il aurait quitté cet état pour faire société, et si maintenant en société ou ensemble on n’arrive pas à s’entendre cela ne veut pas dire non plus que séparément ou de façon plus séparé ou indépendante on arrivait davantage à s’entendre : sinon dites-moi pourquoi aurait-on voulu faire société ? Une seule explication s’impose à nous désormais et hormis le fait qu’on n’arrive pas à s’entendre sur la question du partage c’est que, et toutes les métaphores sont bonnes à nous le représenter, le fossé s’est élargi, la fracture s’est aggravé, entre l’homme et la société. Les champs de batailles ne seraient pas tant irrigués par le sang humain si ce sang irriguait davantage les institutions froides (et pour cause) de la société. On ne peut comprendre autrement qu’elles ne suivent l’évolution des mentalités comme ne se plient aux nécessités de leur temps qui sont les nécessités des hommes de leur temps. On peut étendre sans risque de trop s’égarer les institutions aux organismes politiques, gouvernement et forces d’opposition, syndicats compris, aussi qu’aux idéologies régnantes ou contestataires. Autant de natures mortes si un sang neuf ne passe pas dans leurs veines, ne part pas du cœur, ne passe pas dans leur poumons apportant un peu d’oxygène aux neurones, cellules pensantes et centre de commandement, on pourrait encore filer la métaphore et toujours sans risque de trop se tromper, mais le jeu des métaphores est comme le jeu de la politique qui a trop se répéter devient stérile. Il est vrai qu’il y a bien une chose, malgré le progrès des sciences, dont l’homme soit toujours incapable : c’est de donner la vie. A la société, à ses institutions, il faudrait encore leur insuffler la vie, les animer ; et il n’y a pas d’autres moyens pour cela que de faire en sorte que l’homme puisse les habiter, y vivre et leur communiquer cette vie qu’il porte en lui (et qu’on appelle aussi vitalité) ; puis on les voudrait pérennes tandis que l’homme est mortel, qu’elles servent à, ou qu’elles vaillent pour, des générations et des générations et des générations et des générations, ainsi soit-il… Cela ne ressemble t-il pas trop à des privilèges ou à des héritages ? Ah oui ! J’oubliais : « quel monde, dites-vous, on va laissé à nos enfants ? » Vos enfants les pauvres petits jésus. Mais à votre tour vous oubliez que Jésus est un réformateur et qu’il n’a pas voulu de toutes les richesses du temple. Ne parlez pas alors au nom de vos enfants car l’on se trompe toujours quand on parle pour les autres, et surtout ne faites pas que vos enfants parlent en votre nom, car n’est-ce pas ce que veulent les institutions que rien ne change et ce que font les institutions: parler en votre nom. Enfin, ce n’est pas la société (encore moins les institutions) mais la vie qui apprend à l’homme que rien n’est jamais acquis, définitivement acquis, et que le changement est la marque du vivant.

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