Nous vivons pour nous-mêmes ou nous vivons pour les autres ? C’est pour toi mon fils ou pour toi ma femme ou pour toi ma fille que je le fais. Et son fils ou sa femme ou sa fille de lui répondre: mais non grand égoïste c’est pour toi que tu le fais. Car, nous vivons pour nous même ou nous vivons pour les autres ? telle est la question qui se pose à nous. Y aurait-il d’un côté les gens qui vivent pour eux-mêmes qu’on taxerait de grands égoïstes et de l'autre ceux qui vivraient pour les autres : des saints, des héros, qu’on les appelle dans notre société ? Il faut en effet d’abord savoir qu’il n’y aurait pas de société si nous ne vivions que pour nous-mêmes, et j’entends par là non pas que nous y soyons obligés de vivre pour les autres (ce que nous pensons quand nous pensons ne vivre que pour nous-mêmes) mais que nous y soyons naturellement portés vers les autres. Qui m’a donné l’idée de comment nous le sommes et amené par là même à réfléchir sur cette idée d’identité que l’on dit aussi personnelle et qui serait tout aussi sociale (ce que l’on est par rapport aux autres, à la société) c’est un maître d’échecs sur internet. Ledit maître d’échecs attribua un mauvais coup qu’il joua lors d’une partie d’échecs qu’il commentait au passage d’une de ses connaissances venu le saluer. Ne suis-je pas bête se dit-il ? Je joue pour moi et pas pour les autres ! Puis il poursuivit sa réflexion en se rappelant que quand il faisait son jogging en arrivant là où il y avait du monde il donnait insensiblement et plus ou moins inconsciemment du rythme à sa foulée, autant dire qu’il ne courait plus que pour lui-même mais aussi pour les autres. Sous les feux de la rampe l’acteur joue son rôle. Ainsi faisons nous en nous société. L’illusion de vivre pour nous-mêmes est celle de pouvoir se retirer chez soi, à l’abri des regards de l’autre. Sans cette illusion entretenue par la distance qu’avec la famille les parents avaient mis se seraient-ils comportés comme ils se sont comportés avec nous leurs progénitures, et nous nous retrouvions alors à des milles marins de la métropole, en Nouvelle-Calédonie, et traités comme l’on y traite les canaques. Le colonialisme aurait-il été lui-même possible sans cet éloignement de la France, société d’origine, et par conséquent quand on l’impute à la France ne faut-il pas plutôt l’imputer à l’éloignement de la France ? On vit pour nous-mêmes, s’étaient-ils tous dit. Quand il n’y a pas plus que les saints et les héros qui aient conscience de vivre pour les autres. Maintenant il faut dire que tout le monde vit plus ou moins pour les autres en cela qu’il est plus ou moins sensible à l’image de lui qu’il donne aux autres. Faire bonne impression. Monsieur le maître d’échecs soyez rassuré on en est tous là sans quoi encore une fois on ne ferait pas société ou c’est en cela que commence la société en nous, car elle ne nous est pas si étrangère qu’on peut le croire. Il n’y a pas que le bourgeois qui prenne soin de sa réputation. Et c’est en société que notre identité est sans cesse compromise parce que c’est dans le rapport que nous entretenons avec les autres que nous l’entretenons. On ne se connaît en réalité pas d’autre identité que celle qu’on nous donne. Et sans doute peu satisfaits de celle qui leur était octroyé sont-ils partis en quête d’une autre identité ceux qui ayant mis de la distance entre eux et les autres ont crus s’éloigner de leur société. On dit qu’ils sont allés chercher fortune mais la fortune ne participe t-elle pas dans cette société à notre identité où le pauvre est aux yeux des autres un pauvre mec. Il est alors revenu riche le misérable, c’est-à-dire sous une nouvelle identité. Rien de mieux que ces paroles de Graeme Allwright pour finir de nous le faire entendre : « Il avait tout d’un honnête homme mais il faut vous dire la vérité il était noir sous l’étiquette et ses bateaux étaient damnés. Il transportait aux antipodes des hommes attachés par le pied. »
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire