Il n’y a plus d’autorité est ce qui revient le plus souvent dans la bouche des gens. En effet, il n’y a plus d’autorité sinon des autorités contestées, qui sont de surcroît les autorités légitimées par le pouvoir. Et le discrédit ne va pas tant à ces derniers qu’à ceux qui ne respecteraient plus l’autorité. Il est difficile de ne pas se rallier à cette idée, de ne pas croire qu’il y a du vrai à dire : il n’y a plus d’autorité, comme de dire que les français sont ingouvernables, ce qui n’est pas non plus sans les flatter en flattant leur origine, en les ramenant à leurs ancêtres les gaulois. Pourtant, il est aussi force de constater, si l’on s’en tient à sa propre expérience de la vie et des hommes qu’il n’est pas qui ne s’impose naturellement à d’autres sans avoir même pour cela à faire preuve d’autorité. On l’écoute. Et non seulement on l’écoute mais son exemple est un exemple pour les autres. Et je n’ai jamais vu homme aussi imbu de lui-même qu’il n’y ait un autre homme qui puisse lui servir d’exemple, et qui commande qui ne soit à son tour commandé, soumis à qui sur lui fait autorité, mais soumis n’est pas le mot exact bien qu’il s’agisse ici d’autorité, quand plutôt que de soumission il s’agirait ici d’obéissance, comme la plus naturelle des obéissances est celle d’un fils à son père (si tant est que celui-ci est un bon père et que le fils est un bon fils). Sans doute le mot obéissance n’a plus tant la faveur que le mot désobéissance. Mais à qui la faute ? Le problème (qui est un problème de société) est que ladite société a substituer l’autorité légitime, qu’elle légitime, à l’autorité des hommes, qui est naturelle aux hommes, ou dit autrement si l’autorité ne semble plus naturel aux hommes c’est en référence à cette autorité que la société octroie, légitime. Ce qui est donc contesté aujourd’hui c’est l’autorité de la société et de ses représentants. Ce n’est pas à la Constitution tout court qu’on est renvoyé mais à la constitution de la société. Ce qui la constituait ne la constitue plus. La société a changée. Pas ses représentants. Qui ne peuvent donc plus tirer d’elle autorité ou plutôt qui semblent vouloir tirer autorité d’une société qui n’est plus. Les hommes n’en continuent pas moins pour autant à se reconnaître les uns aux autres une autorité naturelle. Il n’en est donc pas fini de l’autorité, et l’on peut même arguer que tant qu’il y aura des hommes il y en a qui se prévaudront sur d’autres d’une certaine autorité que ces derniers leur reconnaîtront. Faut-il se dire alors que la société n’est plus la société des hommes ou de moins en moins perçue comme telle par les hommes, et s’en étant éloignée, et les hommes étant plus enclins à l’autorité naturelle qu’à l’autorité légitime, et l’autorité de la société leur étant de moins en moins naturelle, ils la bafoueraient de plus en plus. C’est que la société croit pouvoir avoir et faire autorité sur les hommes sans que ceux-ci ne la lui aient accordée au préalable. Il y aurait trop longtemps qu’elle ne leur aurait demandé de la lui concéder, sait-elle, elle-même encore, où repose son autorité ? Ce n’est pas sur la crainte, ce n’est pas sur l’ignorance, ce n’est pas sur l’exercice de la force. L’homme peut s’y plier un temps mais comme le roseau qui plie mais ne rompt pas il ne s’y soumet pas, pas définitivement, c’est aussi méconnaître le sens intellectuel et moral d’un homme (car si l’on aurait raison de son corps l’on n’aurait pas encore raison de son esprit), c’est méconnaître d’abord qu’il est un roseau et ensuite qu’il est un roseau pensant, qu’on ne peut non plus faire taire définitivement son intelligence, sa pensée d’homme, que la société doit rejoindre ou s’adjoindre par l’esprit des meilleurs de ses hommes. C’est que l’affaire de la société est avant tout une affaire d’hommes (ce qu’elle tend à oublier) et qu’il n’y a qu’un langage (ce qu’elle tend aussi à oublier) que les hommes comprennent et c’est celui qu’ils se tiennent d’homme à homme, le seul qui fasse autorité sur eux les hommes, faut-il attendre alors qu’un despote le tienne ce langage, parce qu’il n’y aurait plus aucun démocrate pour leur parler ainsi, parce que tous les démocrates se seraient changés en technocrates ?
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