mercredi 22 mars 2023

Un malentendu


Il croyait encore vouloir une femme parce qu’il n’avait jamais, croyait-il, voulu autre chose qu’une femme, mais c’était un homme vieillissant, et les vieux qui n’ont plus la beauté pour eux n’ont rien de mieux à faire que de la produire la beauté, c’est à cela qu’ils doivent maintenant s’affairer. Cependant cela il l’ignorait et ne retenait que la beauté, que son attachement à la beauté et ce qu’elle avait toujours été pour lui,  et qui l’avait toujours figurée à ses yeux : la femme. Et c’est pourquoi il l’avait encore poursuivi bêtement de ses assiduités quand en réalité il ne voulait plus coucher, il ne voulait plus du moins autant qu’avant coucher avec la beauté, non c’était autre chose qu’il cherchait, mais il avait été trompé par son temps qui n’avait pas trouvé non plus la beauté ailleurs que dans l’éternelle jeunesse. Et pourtant il l’avait compris en l’aimant que c’était en l’amour qu’il fallait la chercher la beauté, que l’amour était éternel, l’amour non pas la jeunesse, l’amour comme unique beauté éternelle. Ce n’était pas une femme qu’il avait voulu, pourquoi lui avait-il alors demandé de coucher, mais une belle histoire d’amour qu’il avait voulu, pourquoi lui avait-il alors demandé de coucher, il l’ignorait, la force des habitudes sans doute, histoire de se prouver qu’il était encore un homme qui désirait et qui était encore désiré par une femme, quand le désir les avait peut-être à tous les deux quitté, quand la beauté n’était plus des corps mais dans ce qui en eux aspirerait encore à aimer, quand dans l’amour elle s’inscrirait mieux qu’en la chair aimée. Mais c’était au cinéma devant une affiche où figurait un jeune acteur qu’elle s’était arrêtée. Inutile d’en dire davantage. Il avait senti, ce qui est intuitivement comprendre, qu’elle ne comprendrait jamais ce que lui ne comprenait pas encore mais pressentait, non pas comme une voie de garage mais comme une issue possible, la seule issue possible quand la jeunesse nous quitte, quand la beauté étant de moins en moins dans les corps c’est plus que jamais dans l’amour qu’on peut la trouver, quand les jeunes peuvent se contenter de baiser, car c’est beau deux jeunes corps qui baisent, et cette beauté peut les contenter, ils n’ont pas besoin d’aimer, ils ont juste besoin de baiser, et lui, qui l’ignorait encore tout autant qu’elle, qu’ils n’avaient pas juste besoin de baiser mais encore d’aimer. Mais c’était trop tard ils s’étaient quittés comme toujours l’on se quitte : sur un malentendu.

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