lundi 13 mars 2023

Quand on tient quelqu'un par la main

 

Je suis à me promener dans la ville, mais c’est dans une autre ville que je me promène. Je tiens la main d’une femme, mais c’est la main d’une autre femme que je tiens. Je me vois soudain penser qu’à un autre moment je passerais seul au même endroit où avec elle je me promène et que je repenserais à ce moment où je lui tiens la main, mais je ne sais plus quelle main je tiens ni quelle femme mon cœur pleure, si c’est toujours la même ou si c’est toujours une autre, si je vais de femme en femme comme on va de ville en ville, si je vis ou si je rêve, et si je vis ou si je rêve si je ne refais pas toujours le même rêve quand toujours je me réveille et je suis seul. Tant de vies en une ? La répétition du même ? C’est toujours la même vie, celle qu’on mène. C’est toujours la même femme, celle qu’on aime. Et c’est toujours soi-même, on ne se refait pas mais on refait les mêmes erreurs, à moins que ce ne soit comme l'aiguille le même chemin. Comme l’aiguille par où je suis passé combien de fois je repasserais, et c’est un trou, et c’est le fil de ma vie que je couds, un habit, un linceul. Parfois il est vrai il m’arrive d’être seul. Mais je ne sais plus si c’est quand je repense à tout ce que j’ai vécu ou quand je vis, quand je vis seulement sans penser, à rien ni à personne, qui est comme l’on vit quand on est seul, ou bien quand on tient quelqu’un par la main.

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