vendredi 10 mars 2023

Les oasis

 

Kant disait quelque chose comme il y a le ciel au-dessus de moi et la morale en moi et que c’était en sa vie ses deux sujets de ravissement. Sans doute pour ne pas être Kant je n’en aurais eu qu’un sur deux et les miens, ceux qui ont accompagnés ma vie, sont de nature différente à ceux de Kant. Il y a d’un côté l’humanité pensante qui fit de tout temps mon bonheur et de l'autre l’humanité agissante qui fit de tout temps mon malheur. Et la première que je ne croyais trouver que dans les livres je la trouvais hier encore dans une salle qui lui était allouée à la mairie du quatrième arrondissement de la ville de Paris . C’était une humanité humanisant l’humanité de ses projets humanitaires. Y étaient réunis entre autres journalistes et écrivains de l’écologie. On y parlait ville et architecture, contre la concentration on appelait à la dispersion, et il y avait l’exemple qui figurait sous ce beau nom choisi d’oasis. Des centaines déjà répandus en France. Projet alternatif. Sobriété. Voilà à peu près tous les mots d’ordre lancés à cette belle soirée sous le signe d’un avenir plus radieux quand nous étions menacés par les ténèbres d’un désastre annoncé et l’obscurantisme d’une politique oublieuse de la planète terre. Les esprits aussi étaient sérieux pour ne pas dire sévères sur la condition humaine et le sort qui lui était réservé. Le pire était à envisager. Mais ce pire l’esprit humain l’humanisait par sa parole qui entrevoyait les moyens d’y échapper et les mesures à prendre. Que j’aimais cette parole ! et c’est par elle toujours et seulement que j’ai aimé l’être humain. Je les regardais aussi, sans doute n’étaient-ils pas très beaux, excepté quelques jeunes parmi eux, mais ils étaient tous comme transfigurés par leurs propos qui me les rendaient tous si beaux. J’eusse tant aimé qu’ils fussent mes parents, mes frères, mes proches et ils l’étaient en ce jour-là, ceux qui m’auraient entouré de leurs soins tant ils les dispensaient avec générosité à la planète et avec cette considération pour l’humain qu’on n’avait jamais eu pour moi. Si je me retrouvais là c’est que des amis m’y avaient amené et voilà que le cercle de mes amis s’en trouvait élargi et que solidarité, fraternité, ne me semblaient plus de vains mots. Et puis cet espoir retrouvé. L’eau. La vie. Il y avait en France des oasis. Des oasis de vie. Dans ce désert de l’humanité. Car partout ailleurs l’humanité me semblait avoir déserté. Mais dans ces oasis elle devait se retrouver. Il fallait que je contienne mes larmes. Et déjà je cherchais un cœur à aimer dans cette assemblée qui pu me guérir de mes déboires sentimentaux, car ici me disais-je on offrait son cœur, tandis que partout ailleurs il m’avait été refusé. Et puis ce n’était pas de grands et doux rêveurs : ils avaient pour eux non seulement de grandes théories mais tous les scientifiques qui s’étaient penchés sur les conditions climatiques et c’était chiffres à l’appui qu’ils avançaient dans l’élaboration de ce qu’ils appelaient des projets alternatifs. Et puis les oasis revenaient comme un leitmotiv. Car ils avaient pour eux et au-delà de toutes théories et données chiffrés, au-delà de la raison, ce rêve, les oasis. Et rien que ce mot m’amenait l’eau à la bouche. Moi aussi j’aimerais vivre dans un oasis. J’entendais déjà ce bruissement qui était comme un bruissement d’eau où était-ce cette paisible rumeur que Verlaine entendit comme venir de la ville et que moi j’entendais comme venir d’un oasis. « Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là // Simple et tranquille.// Cette paisible rumeur-là// Vient (d’un oasis) »

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