mardi 7 février 2023

WANTED

 

Il y a quelque chose qui s’était passé plus de cinquante ans en arrière quand il ne devait pas avoir plus de dix ou onze ans. C’était une courte escale à Los Angeles, une nuit dans cet hôtel à la dimension de la ville sur plusieurs étages comme des bretelles d’autoroutes qu’étaient ces longs couloirs interminables bifurquant à droite à gauche, et ces multiples ascenseurs qui attendaient le voyageur. Entrer dans l’hôtel n’était pas sortir de la ville : il avait vu des télés sur les avenues ou défilaient des têtes mises à prix : Wanted. Maintenant il regardait la télé dans sa chambre et sautait d’une chaîne à l’autre et c’étaient les westerns ou les films policiers qui défilaient les uns après les autres avec toujours des Wanted. Jusque là quand il regardait un film c’était avec le plus grand sérieux du monde, il y croyait dur comme fer, mais de les voir les uns après les autres ou en même temps, s’il sautait d’une chaîne à l’autre, les tournait en ridicule, voire anéantissait tous les espoirs qu’il aurait mis en l’un d’eux. C’était un espoir indéterminé comme celui que l’on peut mettre en l’amour, la recherche de quelque chose qui nous manque et l’on ne saurait dire quoi et que la vie ne semble pas nous apporter. Sans doute en ce jeune âge et jusqu’à cette courte escale il avait compté sur les films. Plus tard il le recherchera (Wanted) dans les livres puis dans l’amour. Ce n’est pas qu’il eût connu beaucoup d’amours mais certainement suffisamment pour que l’amour, par les amours, fut tourné en ridicule, et qu’il n’y attacha pas le même sérieux qu’au tout début, et qu’il n’y crût plus dur comme fer. Que ce soit une comédie, que ce soit un drame, que ce soit une tragédie, c’était toujours qu’un film qu’on se faisait dans sa tête ou l’autre était Wanted, la tête de l’autre mise à prix. Et plus son prix était élevé plus tous semblaient la vouloir. Tous rien que des chasseurs de prime. Ce que l’on portait au plus haut cachait la réalité la plus basse. A l’amour comme à la guerre et l’amour était une prise de guerre et la prise nous portait plus haut qui était tout ce qu’on voulait comme dans ces reportages animaliers ou celui qui l’emportait pour la femelle emportait avec la femelle non seulement toutes les femelles mais tous les mâles qui le sacrait chef de clan. Bon, il exagérait mais c’était à peu près ça si l’on voyait ceux qui avaient les plus belles prises et après qui couraient toutes les autres femmes (qui étaient Wanted par toutes les autres femmes et c’était ça la guerre des sexes) et c’était le haut du panier tandis que tout en bas il y en avait qui restaient sans femme, ils n’étaient pas Wanted et s’ils l’étaient c’était pour de mauvaises raisons qui feraient qu’ils ne l’emporteraient pas au Paradis mais aux Enfers, là où il ne brûlerait pas leur flamme mais seraient brûlés par les flammes, car les femmes n’étaient pas pour eux, car les hommes n’étaient pas pour eux, car la vie n’était pas pour eux, ils étaient maudits et Wanted parce qu’ils étaient maudits et non pas aimés.

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