lundi 13 février 2023

Le sentiment amoureux

 

J’aimerais partir de Spinoza et de cette idée qu’il a eu sur nous et notre existence : que toute notre vie n’était que désir de persévérer dans l’existence, par conséquent tout ce qui nous donnerait un plus d’existence nous rendrait heureux tandis que tout ce qui nous donnerait un moins d’existence nous rendrait malheureux. Oui, j’aimerais partir de Spinoza pour mieux comprendre l’amour ou plutôt le sentiment amoureux. Quand nous jetons sur quelqu’un notre dévolu son existence parmi toutes les existences nous devient singulière comme notre existence est singulière, c’est pourquoi c’est une et seule et même personne que nous aimons. Cette personne se met à exister pour nous plus que toutes les personnes mais cela induit aussi que pour cette personne nous voulons exister plus que toutes les autres. Ce redoublement d’existence serait donc ce qu’inconsciemment nous cherchons en adjoignant à notre existence une autre existence que nous voulons tout aussi singulière. Le sentiment amoureux ne serait rien d’autre que le sentiment d’un redoublement d’existence, de ce plus d’existence qui d’après Spinoza fait tout notre bonheur. Nous nous mettons alors à penser à elle avec la même force que nous pensons à nous-même, ces pensées nous sont tout aussi chères et personnelles. Notre existence ne peut plus être ressenti autrement qu’en y adjoignant la sienne d’existence et ceci au point qu’il ne s’agit plus pour nous que d’une seule et même existence et que si nous la perdions ce serait comme si nous perdions l’existence qui est exactement ce que nous ressentirions en perdant l’être que nous chérissons. Ce n’est pas comme il est coutume de penser que nous nous oublions en l’autre, car l’on pourrait aussi bien dire que l’on oublie l’autre en nous même, sinon qu’il s’agit toujours d’une seule et même existence : la nôtre, mais qui s’en trouve par l’autre redoubler, l’autre que nous avons assimiler (comme nous assimilons un aliment) à nous, qui est notre existence comme nous sommes la sienne d’existence. 

La fin du sentiment amoureux c’est le sentiment de retourner chacun à son existence, il est un sentiment d’autant plus déplaisant qu’il est vécu comme ce moins d’existence qui d’après Spinoza nous rend malheureux. Nous n’avons pas perdu notre moitié comme l’on a trop tendance à le dire mais notre existence et non pas notre existence commune mais singulière animée par le sentiment amoureux (qui n’est pas forcément partagée mais qui n’anime que celui qui le ressent). C’est que l’on n’existe jamais que seul comme quand il y en a un qui meurt il n’y en a jamais qu’un qui meurt. Le sentiment amoureux lui aussi est singulier et quand il meurt c’est singulièrement qu’il meurt. Il a cette existence qu’on lui prête mais l’on pourrait aussi dire que nous avons cette existence qu’on lui prête et qu’il est bon d’être amoureux car autant que dure ce sentiment (et fusse au détriment de la réalité) l’on est heureux pour ces raisons qui viennent d’être évoqués et sont comme un accroissement de notre être comme de notre existence car l’un ne va pas sans l’autre ni sans le principe de base de persévérer dans son être qui nous vient de Spinoza.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire