Nous pouvons bien nous la jouer modeste mais nous n’en sommes pas moins l’absolu quand l’autre n’a pour nous qu’une valeur et une existence relative, et c’est de cet absolu que nous partons, de l’absolu de notre existence. C’est pourquoi il nous est si difficile de penser notre mort, car c’est penser à quelque chose qui n’existe pas et n’existera jamais pour nous. Par contre, celle des autres est possible car leur existence n’est que toute relative et nous pouvons bien les voir mourir. Cependant, plus ils nous sont proches plus nous leur donnons une existence et une valeur qui approche l’absolu, c’est-à-dire de la notre d’existence. Mais seul l’amour peut faire de l’autre un absolu de sorte que sa mort nous anéantirait. Néanmoins, c’est comme le roi à qui l’on conférait le caractère de monarque absolu, mais à qui tout aussi bien on pouvait lui retirer, qui ne le tenait pas tant de lui-même ou d’un pouvoir divin que de nous ; en amour si nous cessons d’aimer aussitôt l’être aimé perd ce caractère absolu, et par lui nous ne vivons plus, et par lui nous ne mourons plus. De même nous reprenons sur nous-même cette autorité absolue et souveraine qui préside à toutes nos pensées comme à tous nos actes, et c’est en quoi ceux qui se disent être indépendants ou vouloir leur indépendance ne se trompent pas : c’est l’absolu de leur existence qu’ils revendiquent. Mais elle fausse notre appréhension de l’autre qu’il faudrait considérer comme partant lui aussi toujours de l’absolu de son existence et ne pouvant par là même que nous accorder une existence relative. Il nous faudrait savoir davantage que l’autre est un roi chez lui et que ce chez lui est partout où il va et se trouve être, qu’il lui est aussi impossible qu’il nous est impossible de renoncer à sa souveraineté absolue. On ne peut pas douter de notre existence comme de tout ce qui va avec cette existence. Le rapprochement d’une existence d’une autre existence au point de se confondre lui confèrerait comme on l’a vu ce même caractère d’absolu, l’amour tendrait donc vers cet absolu, serait cet absolu, et c’est que nous sommes nous même cet absolu qui tend à une existence absolue et, ne voulant pas être cantonné par l’autre à une existence relative, lui accordons une existence absolue s’il veut la nôtre comme nous voulons la sienne ; c’est qu'à tous ceux qui par nous sont relégués à une existence relative nous n’accordons pas une existence absolue, c’est-à-dire notre existence.
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