Dès que la pensée de la femme vient à s’imposer à lui, et je ne dirais pas encore la femme, et je ne parlerais pas encore tout à fait de l’homme sinon de son esprit qui s’en trouve tout dérangé, il lui est difficile de rassembler ses idées comme si parmi elles l’alerte avait été donnée. Contre quoi l’homme doit réagir vivement et cela c’est reprendre ses esprits. En termes d’aujourd’hui on dirait que la femme le déconnecte. L’homme n’en aurait pas plus conscience que l’ordinateur s’il n’était requis par elle à d’autres tâches moins cérébrales, qui relèvent cependant encore de lui, quoique plus instrumentales, plus physiques que métaphysiques. Je disais que l’homme revenait à lui quand il n’était pas à elle, et qu’il était à lui toutes les fois qu’il n’était pas à elle. C’est pourquoi l’idée de compromis me semble une hérésie comme il me semble qu’on ne peut penser qu’une seule chose à la fois (si l’on veut bien penser). As-tu pensé à moi ? Lui demande la femme qui ignore combien sa pensée est à la pensée de l’homme dérangeante, que l’homme qui en est dérangée est dérangé de ses pensées. Mais oui ! que lui répondra ce bel hypocrite parce que si la femme venait à le savoir c’est alors pour un bel égoïste qu’il passerait, quand en vérité l’esprit de l’homme n’est pas plus occupé de lui-même que de la femme, mais cela est-il recevable : un esprit tout occupé de lui-même, qui est d’une liberté absolue de pensée, car attaché à personne, mais rappelé par la femme à sa nature humaine pour ne pas dire à sa condition humaine et mortelle, car il lui faut être sacrifié à la survie de l’espèce ; il n’est pas un esprit qui ne soit sans corps, et le corps qui semble être ce qui nous appartient le plus serait ce qui nous appartient le moins car le plus attaché à l’espèce ; si le plus vivant de nous, le moins vivant pour nous, et finalement mourant, et vivant ne sachant vivre sans se donner. Oui je pense à toi, dit l’esprit dérangé parce qu’il n’y a qu’un esprit dérangé qui puisse dire cela : un esprit dérangé de lui-même, mais au grand dam de la femme ce n’est qu’un petit dérangement occasionnel pour l’homme.
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