Je revois encore mon chien mort. C’est vrai qu’il ne faut pas voir le mort, que sinon c’est la dernière image qu’on garde de lui. Ma mère en voyant mon père mort a dit que son homme n’était pas cet homme qu’elle voyait inerte. Et le mort n’a dû jamais remuer ma mère. Il n’y avait jamais en ma mère que la queue du vivant plus que le vivant qui pouvait remuer en elle et, que si elle pouvait remuer en elle. Le mort était un impuissant. Ma mère ne voulait pas d’un impuissant dans sa vie. Mais mon chien mort n’est pas mort pour moi qui suis vivant. Mon père non plus n’est pas mort pour moi qui suis vivant. Sinon pour d’autres pour qui ils n’ont jamais été qu’un corps, qu’un animal vivant, ou que seul intéresse le rapport au corps, le rapport animal. C’est le corps, c’est l’animal, qui n’est plus reconnaissable quand il est mort. Mais si celui que l’on a connu était plus que ça pour nous, alors ce plus que ça n’est pas mort avec son corps et son corps ne l’a pas rendu méconnaissable puisque l’on ne l’a pas connu que par son corps. Comme les corps sont interchangeables ma mère a changé de corps et pourquoi s’en étonnerait t-on quand ce de quoi l’on s’étonne c’est que je n’ai pas encore changé de chien, pris un autre chien, comme ma mère a pris un autre homme, et dire que cet autre homme ignore qu’il n’est pas plus pour elle qu’un chien, sans doute ma mère l’ignore aussi, comme elle ignore le mort.
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