Il disait qu’on était tous des arapèdes, pire que des arapèdes, parce qu’on s’accrochait à tout, dans l’espace, dans le temps, à son lieu, à son âge, aussi à une femme, et c’était qu’on ne savait pas vivre autrement qu’accroché comme un arapède à son rocher, et que quand on en était séparé, ce qui ne pouvait arriver que par accident ou par anomalie à notre nature de mollusque, plutôt que de s’en réjouir on en souffrait à en mourir et cherchait alors à s’accrocher comme un désespéré à tout ce qui passait à notre portée. L’arapède n’avait pas de dignité il avait un rocher. Ce socle du temps qui dans l’espace semblait figé, mais en subissait on le savait la lente érosion, était son lieu de vie autant que sa sépulture. Il aurait voulu dire autre chose de l’arapède mais il pensait maintenant à son chien.
Son chien n’avait pas connu la femelle. Il se le rappelait encore se masturbant sans rien, c’est-à-dire sans les mains, et c’étaient des mouvements de reins de plus en plus précipités, et son regard tout penaud comme quand on est surpris à mal faire, pourtant il le faisait bien et sans rien. Une chienne en chaleur c’est ce qu’il lui aurait fallu et sûrement y en aurait-il eu une qui au même moment aurait voulu. Question de coïncidence dans l’espace et dans le temps. C’est aussi comme ça qu’il pensait pour lui. Pas de coïncidence. Heureuse qu’on dit, mais ça c’était moins sûr. C’était y mettre des sentiments. Et les sentiments qu’est-ce qu’ils avaient à voir là-dedans si l’on voyait les choses non pas clairement, c’est chose impossible en la matière, mais crûment. On croit qu’ils viennent avant les sentiments quand ils viennent après. C’est de renifler qui rendait son chien fou, quand il avait senti la femelle. Et les sentiments d’avant ce n’est que du reniflage. Après on fait l’arapède, mais il avait déjà parlé de l’arapède.
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