La femme était absente sans doute pas de ses pensées mais de son existence, mais ne l’était elle pas de tous les hommes dans son existence de femme absente non pas de leurs pensées mais de leur existence, son existence de leur existence absente, car ils n’avaient qu’une existence d’homme et elles n’avaient qu’une existence de femme. Les choses posées ainsi lui semblait diviser l’humanité en deux dont l’une n’avait connaissance de l’autre que par la nécessité qu’il en avait et réciproquement. L’amour à les en croire marquait un temps fort de leur existence mutuelle, voire fusionnelle, et l’on pourrait se laisser aller à dire que chacun était renvoyé après à son existence quand en réalité aucun ne l’avait quittée, ni davantage pris conscience d’une autre que la sienne, et de ce qu’elle était en dehors de la sienne. Parler de l’éternel féminin comme de la condition de la femme c’était pour lui comme de parler de Dieu, une religion avec ses zélateurs, c’était parler pour ne rien dire et de ce que l’on ne pouvait pas connaître, d’une existence qui nous était étrangère. Il n’était pas sûr, si tant est qu’il est une existence, que Dieu parle si bien de lui, et trop souvent il avait entendu les hommes (des faux jetons) parler des femmes mieux qu’elles n’en parleraient elles-mêmes. C’est pourquoi il n’autoriserait jamais que les femmes à parler des femmes. En bien ou en mal. Ce ne serait pas le même bien qu’elles en diraient ni le même mal. Mais comme ils passent tous leur temps à parler de ce qu’ils ne connaissent pas : les femmes des hommes et les hommes des femmes ou à emprunter chacun le discours de l’autre comme voulant épouser tout du moins en paroles sa condition il préférait se résoudre à considérer la femme comme une inconnue et n’en rien dire que de déplacé, c’est-à-dire de son point de vue d’homme qu’il ne pouvait qu’assumer de par sa condition et c’était qu’elle n’existait pas pour lui ou que son existence lui échappait malgré qu’elle occupa ses pensées d’homme en mal de femmes excepté les moments où il n’y pensait pas qui étaient nombreux aussi, et cela voulait bien dire qu’il existait en dehors d’elle, du moins depuis qu’elle l’avait mis au monde, la femme, et que son existence en dehors d’elle bien que marquée parfois par le manque était autonome, qu’il vivait de sa propre existence, pouvait il encore dire, comme la femme vivait de sa propre existence sans quoi les existants ne seraient pas des existants à part entière. Cette lapalissade n’est pas si ancrée que cela dans les esprits pour que l’on parlât encore de l’être social quand il est par essence solitaire ou ontologiquement seul et cette démarcation est encore plus fortement ressentie et vécue quand il s’agit des femmes et des hommes. Ce que la société a fait d’eux est une autre histoire, est l’histoire de la société. Mais il aime à parler des êtres humains, de comment ils vivent leur humanité. La société semble indifférente à cela, ou pire encore remplie de préjugés. Et quand elle parle d’égalité c’est qu’elle les met sur le même plan ignorant par là leur existence distincte où à des fins qui lui sont propres voulant l’ignorer et tendant à l’uniformité comme facilitant la bonne gestion du stock humain ou capital humain. Mais on ne fera jamais d’une femme son pareil si tant est qu’il l’aime ou la déteste, car il n’y a que Narcisse pour s’aimer lui-même et en aimant la femme il aimait l’autre bien qu’il ignorait tout et peut-être parce qu’il ignorait tout de son existence qui était l’existence de l’autre, car il ne pouvait y avoir d’existence plus autre pour un homme que celle de la femme.
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