jeudi 1 décembre 2022

L'inconséquent

 

L’inconséquence est ce qui me semble le plus partagé. Que doit importer en effet à celui qui n’aime pas la société et a passé son existence à la maudire de quitter cette vie si en la quittant il quitte cette société. Pourtant il s’y accrochera comme celui qui y a le plus tenue. Cela devrait l’amener au moins à réviser ses jugements et à considérer que ni la société ni la vie qu’il y mène ne lui est si désagréable qu’il ne veuille tous ensemble les quitter. Au lieu d’être à l’heure de sa mort comme celui qui n’ayant jamais cru en Dieu appelle le curé à son chevet qu’il n’appelle pas la société à laquelle il n’a jamais crue pour la supplier de le garder parmi les siens auxquels il s’est toujours opposé et refusé d’appartenir. Et qu’il ne se plaigne pas non plus en regard de toutes ses illusions déçues, car s’il est bon de naître avec tant d’illusions il est aussi bon de mourir en les ayant toutes perdues, car quoi regretter ? Quand tout ce bonheur qui l’a porté ne le porte plus parce que parti comme vaines illusions en fumée à quoi lui est-il encore bon de se traîner lamentablement qui est de se lamenter toujours plutôt que de se réjouir de chaque jour qu’il lui est encore donné de vivre. Sa vie n’aura-t-elle jamais été qu’une longue habitude de se plaindre et de gémir ? Et ce qui lui a manqué n’aura-t-il alors été que la force de se suicider ? Au cas contraire il n’est jamais trop tard pour lui de se dire qu’il ne lui déplait pas tant que ça de vivre, pas tant que ça qu’il voudrait la quitter, et de lui voir enfin quelques attraits, et si ce n’est en les autres en lui, et si ce n’est en lui en les autres, et avant de quitter l’humanité il lui faut retrouver l’humanité, comme avant d’avoir la paix il lui faut retrouver la paix.

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